Douala 3: Le calvaire des agents recenseurs

Les personnels mobilisés dans le cadre des opérations de collecte de données disent vivre une période d’incertitude marquée par l’attente et les difficultés du terrain.

Sous le soleil de mi-journée, devant certains services administratifs de l’arrondissement de Douala 3, de petits groupes d’agents recenseurs se forment ce 19 mai 2026. Discussions à voix basse, téléphones en main, regards tournés vers les responsables administratifs : plusieurs agents recenseurs mobilisés dans le cadre des opérations de collecte de données disent vivre une période d’incertitude marquée par l’attente et les difficultés du terrain. À Logbaba, Ndokoti, Ndogpassi ou encore Bépanda, le constat est presque le même : les agents évoquent des contraintes organisationnelles et des préoccupations liées à leurs conditions de travail. « Nous avons travaillé sur le terrain pendant plusieurs jours, parfois dans des conditions difficiles. Mais aujourd’hui, certains attendent encore des clarifications sur plusieurs aspects administratifs », confie un agent rencontré à Ndogpassi et ayant requis l’anonymat. Comme lui, plusieurs jeunes recrutés pour participer aux opérations de recensement disent espérer une meilleure communication de la part des autorités compétentes.

Les agents racontent des journées entières passées à parcourir les ruelles, à identifier les ménages et à collecter des informations auprès des populations. Une mission qui, selon eux, exige patience et endurance. « Il fallait convaincre certains habitants réticents, revenir plusieurs fois quand les personnes étaient absentes et parfois marcher sur de longues distances », explique une enquêtrice croisée à Logbaba. Dans ce ménage, situé au quartier Ngodi Bakoko, «il y a à peu près une semaine de cela, une des agents est venu ici aux environs de 18h pour prendre certaines informations sur le chef de famille et savoir le nombre de personne qui vivent dans la maison. Elle n’a pas enregistré tout le monde », témoigne une citadine. Du côté des populations, certains habitants saluent le travail effectué. À Logbaba, un chef de ménage affirme avoir apprécié la démarche des agents : « Ils sont venus calmement expliquer pourquoi les informations étaient nécessaires. Cela aide à mieux connaître les besoins des quartiers ».

Sur le terrain, les défis n’ont pas manqué. Les difficultés de mobilité, le coût du transport et les réalités urbaines de certains quartiers ont parfois compliqué les opérations. À cela s’ajoutent des problèmes logistiques signalés par certains agents. « Il arrivait que nous utilisions nos propres moyens pour nous déplacer. Beaucoup ont dû gérer les dépenses de transport eux-mêmes.  Les frais de formation on ne paye pas. La première collecte même pour commencer c’était difficile. On a fait les 21 jours de formation. On a composé lundi le 20, on devait commencer sur le terrain le 24 on ne l’a pas fait parce qu’ils n’ont pas payé les frais de formation », affirme un autre recenseur.

« Lorsqu’on a parlé de recensement 4ème génération, nous avons eu 21 jours pour la formation. C’était 1500f par jour. Après ces 21 jours de formation, devait commencer la phase d’identification qui devait durer 14 jours. Pendant ces 14 jours, on devait payer 3500f par jour aux agents recenseurs et 3750f aux chefs d’équipe. Après l’identification, le dénombrement devait être le même mode de paiement. Le dénombrement dure 24 jours et l’identification 14. Donc la phase de recensement normal c’est 49 jours. L’activité devait finir le 29 mai. Mais depuis que certains ont reçu la formation, d’autres la collecte, certains n’ont rien reçu parmi les deux, le dénombrement n’a pas encore commencé. Et ceux qui n’ont jamais reçu depuis le départ ne sont même pas passé à l’identification », explique un agent.

Pour Laurent Victor Ayissi Mvogo, sous-préfet de Douala III, le « problème technique en cours de règlement au niveau de la commission nationale. Ce problème concerne une vingtaine d’agents recenseurs sur 1049 à Douala 3. On leurs demande d’être compréhensifs et le mécanisme d’encadrement est plus que jamais actif porté par les chefs de village, quartier et bloc. Certains ont repris l’opération et on continue la sensation et en même temps tout est mis en œuvre au niveau de la commission nationale pour que la situation soit rapidement rétablie. On continue à suivre pour rassurer les agents recenseurs ». A contrario une des agents déclare qu’ils sont au nombre de 48 dans leur zone qui n’ont encore rien touché.  « Le recensement a deux phases : la première c’est l’identification et la deuxième phase c’est le dénombrement. Pour la phase d’identification, il est question d’identifier le nombre de ménages, le nombre de personne résidante et les chefs de ménages. Ensuite vient la phase du dénombrement qui stipule que si nous entrons dans un ménage, on trouve 10 personnes, nous devons enregistrer ces personnes, pour connaitre leur activité ».

Dans le document du quatrième recensement général de la population et de l’habitat l’article 5  stipule qu’, « en contrepartie de l’accomplissement de son travail, l’employé perçoit un salaire brut  de cent cinquante mille francs CFA. Ci-dessus est versé à la fin de la prestation de travail effective de sa zone d’affectation et/ou de redéploiement et, avec déduction des charges fiscales et sociales prévues par la législation en vigueur.  L’employé perçoit également les frais de transport à hauteur de trois mille francs CFA pour rejoindre la zone de travail et 3500f par jour de travail effectif lors de la collecte.  Les droits de l’employé sont strictement limités à ceux qui sont stipulés dans le présent contrat. En conséquence, l’employé ne pourra prétendre à un quelconque remboursement des frais engagés, à aucun autre paiement que ceux expressément précisés dans le présent contrat ».

Dans l’arrondissement de Douala 3, où la densité démographique est l’une des plus importantes de la capitale économique, la mission des agents recenseurs revêt pourtant une importance particulière. Les données collectées servent généralement de base à la planification des politiques publiques, à la répartition des infrastructures et à l’évaluation des besoins des populations. Malgré les difficultés évoquées, plusieurs agents rencontrés reconnaissent l’importance de leur mission. « Nous savons que le recensement est essentiel pour le pays. Mais il faut aussi que les conditions de travail suivent », souligne une jeune agente rencontrée à proximité de la mairie de Douala 3.  Toutefois, l’attente prolongée et le manque de visibilité alimentent les interrogations. Plusieurs agents souhaitent désormais des réponses claires sur la suite du processus et sur les dispositions prévues à leur égard.

Diane Kenfack

 

 

 

 

 

 

 

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