Dette publique: Risque de surendettement élevé
La note de conjoncture mensuelle (mars 2026) publiée le 15 mai dernier par la Caisse Autonome d’Amortissement, indique qu’avec une dette publique évaluée à 15 416 milliards de FCFA à fin mars 2026, l’État parvient encore à tenir ses engagements, mais l’équilibre reste précaire.
Avec une dette publique évaluée à 15 416 milliards de FCFA à fin mars 2026, le Cameroun continue de contenir son endettement sous la barre des 45% du Produit intérieur brut (PIB). Un niveau inférieur au plafond communautaire fixé à 70% dans la zone Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). Pourtant, derrière cette apparente stabilité, les signaux d’alerte persistent. Le principal danger ne vient plus du volume de la dette lui-même, mais de la difficulté croissante à rembourser certains emprunts extérieurs dans un contexte de recettes fragiles.
Le constat figure noir sur blanc dans la dernière Conjoncture mensuelle de la dette publique rendue publique le 15 mai 2026 par la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA). « La dette publique du Cameroun reste viable, avec un risque de surendettement qui demeure élevé », reconnaît la structure en charge de la gestion de l’ensemble des fonds d’emprunts publics de l’État et de ses démembrements. En clair, l’État parvient encore à tenir ses engagements, mais l’équilibre reste précaire.
Les autorités tentent de rassurer
D’après le document officiel, le problème se situe surtout du côté des remboursements liés à la dette extérieure. Entre 2025 et 2030, le poids des échéances dépasse les capacités que procurent actuellement les exportations du pays. Or, ces exportations — pétrole, cacao, coton, bois ou encore aluminium — constituent une source essentielle de devises pour payer les créanciers étrangers. Autrement dit, le Cameroun emprunte encore à un rythme jugé acceptable, mais les revenus qui doivent permettre de rembourser ne progressent pas assez vite. Une situation qui expose les finances publiques à la moindre secousse économique internationale.
Pour l’instant, les autorités tentent de rassurer. Le ministère des Finances met en avant une hausse « maîtrisée » de la dette, limitée à 0,2% sur un mois et 6% sur un an. Le gouvernement insiste également sur sa stratégie d’endettement à moyen terme, censée maintenir le pays dans une zone de sécurité. Dans les faits, l’administration centrale concentre l’essentiel des engagements financiers du pays. À elle seule, elle porte plus de 93% de la dette publique. Et surtout, cette dette reste dominée par les emprunts contractés à l’extérieur, qui représentent près des deux tiers du total.
De l’avis d’expert, cette dépendance aux financements étrangers devient d’autant plus sensible que le marché monétaire sous-régional traverse une période de rareté des liquidités. « Les États de la Cemac empruntent davantage, tandis que les ressources disponibles se resserrent. Résultat : trouver de l’argent coûte plus cher et devient plus compliqué ». À cela s’ajoute un autre point de fragilité : la faiblesse des recettes fiscales et des revenus tirés des exportations. « Le risque actuel de surendettement tient principalement à des tensions de liquidité », souligne le rapport de la CAA. En d’autres termes, l’État doit jongler en permanence pour honorer ses paiements dans les délais.
Eviter l’asphyxie financière
Pour éviter l’asphyxie financière, le gouvernement mise désormais sur une stratégie simple : produire localement ce qui est importé et vendre davantage à l’étranger. Plusieurs programmes d’import-substitution et de promotion des exportations ont ainsi été lancés ces dernières années. Ceci afin de réduire la sortie de devises et renforcer les rentrées d’argent. Cette bataille se joue aussi sur le terrain du contrôle des emprunts publics. Les collectivités territoriales et certaines entreprises publiques sont désormais rappelées à l’ordre. Toute nouvelle demande de financement, rappelle le Minfi, doit obligatoirement passer par le Comité national de la dette publique. « Le ministère des Finances veut éviter les engagements pris sans véritable suivi, susceptibles d’alourdir discrètement la facture nationale ».
Dans ce paysage contrasté, certains indicateurs demeurent toutefois encourageants. Les entreprises publiques ont légèrement réduit leur endettement sur un an. Quant aux dettes des communes et régions, elles restent marginales, avec seulement 26 milliards de FCFA recensés à fin mars. Autre élément mis en avant par les autorités : le Cameroun dispose encore d’une marge d’endettement importante par rapport à plusieurs pays africains. « Mais cette marge pourrait rapidement se réduire si les recettes d’exportation stagnent ou si les tensions économiques mondiales s’aggravent », pense un économiste. Qui indique qu’au-delà des chiffres, une réalité demeure : « une dette devient problématique non pas seulement lorsqu’elle est élevée, mais surtout lorsqu’un pays commence à manquer d’oxygène pour la rembourser ».
Hélène Tientcheu

