Dette intérieure: 520 milliards d’impayés à fin mars 2026

Entre tension de trésorerie, ralentissement des activités et difficultés d’investissements, les entreprises qui travaillent avec l’administration subissent les conséquences de l’accumulation des impayés de l’Etat.

La question des impayés de l’État refait surface. À fin mars 2026, les arriérés dus aux fournisseurs de biens et services dépassent désormais 520 milliards de FCFA, mettant en lumière les tensions persistantes sur la trésorerie publique et les difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses entreprises travaillant avec l’administration. Cette situation, qui touche plusieurs secteurs d’activité, suscite des inquiétudes croissantes dans le monde des affaires, alors que les opérateurs économiques réclament une accélération des paiements et une meilleure gestion des engagements publics. Selon des données financières consultées par plusieurs observateurs économiques, l’encours des dettes liées aux prestations réalisées pour le compte de l’État continue de progresser. Derrière ces chiffres se trouvent des entreprises de construction, des fournisseurs de matériel, des sociétés de services, des Petites et moyennes entreprise (PME) locales et divers sous-traitants qui attendent parfois depuis plusieurs mois, voire plusieurs années, le règlement de leurs créances.

Pour de nombreux prestataires, cette accumulation d’impayés fragilise considérablement leur fonctionnement. « Nous exécutons les marchés publics conformément aux contrats, mais les paiements prennent énormément de temps. Pendant ce temps, les charges continuent : salaires, impôts, crédits bancaires et fournisseurs », explique le responsable d’une entreprise de services. Comme lui, plusieurs opérateurs économiques évoquent une pression financière devenue difficilement soutenable. Les PME apparaissent parmi les plus exposées. Moins capitalisées et disposant de marges financières limitées, elles peinent à absorber les retards de paiement prolongés. Certaines sont contraintes de réduire leurs activités, de retarder le paiement de leurs employés ou encore de suspendre des investissements. D’autres s’endettent davantage auprès des banques pour maintenir leurs opérations en attendant le règlement des factures publiques.

Dans le secteur du bâtiment et des travaux publics, les conséquences sont particulièrement visibles. Plusieurs entreprises engagées sur des chantiers publics dénoncent un ralentissement des paiements qui affecte directement l’avancement des projets. Les retards sur les décomptes, associés à la hausse des coûts des matériaux et des charges d’exploitation, accentuent les tensions de trésorerie. Cette situation intervient dans un contexte où l’État poursuit de grands projets structurants inscrits dans la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), notamment dans les infrastructures, l’énergie, l’agriculture et les équipements publics. Pour les analystes, la maîtrise des délais de paiement devient un enjeu majeur afin de préserver la confiance des entreprises et garantir la continuité des investissements.

Au-delà des difficultés des prestataires, l’accumulation des impayés pourrait également avoir des répercussions sur l’économie nationale. Les retards de règlement limitent la capacité d’investissement des entreprises, réduisent leur compétitivité et peuvent affecter l’emploi. Les banques, elles aussi, se retrouvent indirectement exposées à travers les crédits accordés aux entreprises prestataires de l’État. Face à cette réalité, les organisations patronales et les acteurs du secteur privé plaident pour un assainissement progressif des dettes intérieures et une amélioration des mécanismes de paiement. Plusieurs voix appellent également à une meilleure programmation budgétaire afin d’éviter l’accumulation de nouveaux arriérés.

Alors que le pays ambitionne d’accélérer sa transformation économique et d’attirer davantage d’investissements, la question des impayés apparaît plus que jamais comme un défi de gouvernance budgétaire. Pour les entreprises prestataires, l’enjeu est désormais double : obtenir le règlement des créances existantes et restaurer la confiance dans la commande publique.

Diane Kenfack

 

 

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