Déforestation: Une véritable gangrène pour le Cameroun et le bassin du Congo

Marqué par une pression accrue liée à l’expansion agricole et minière, le couvert forestier camerounais et du bassin du Congo reste menacé, malgré un renforcement des dispositifs de régulation nationaux et internationaux.

La situation de la déforestation au Cameroun et dans le bassin du Congo est préoccupante depuis le début de l’année 2026. Le Cameroun a perdu environ 170 000 hectares de forêt naturelle en 2024 et selon le bilan quinquennal 2020-2026, les derniers rapports mentionnent que le pays a perdu près de 782 000 hectares sur cette période, soit environ 4,2% de son couvert forestier total. L’une des causes majeures de cette déforestation, pointe du doigt l’essor de la culture du cacao qui demeure le moteur principal, car l’agriculture industrielle prend désormais le pas sur l’agriculture de subsistance dans la conservation des terres forestières. En deuxième ressort, l’explosion minière signale une projection de plus de 5000% d’expansion minière dans la région de l’Est Cameroun, qui mettent en péril les zones de forêt dense qui étaient jusque là préservées, selon un rapport de mars 2026. L’exploitation illégale n’étant pas en reste, bien que la riposte gouvernementale se soit intensifiée, notamment avec un bilan positif sur les saisies sur l’année 2025, cette exploitation illégale continue d’alimenter les circuits informels. Cependant, les zones les plus touchés par la déforestation au Cameroun restent les principaux foyers de déboisement sont les régions du Centre avec 670 000 hectares cumulés, l’Est avec 500 000 hectares et le Sud 430 000 hectares.

À l’échelle de l’Afrique centrale notamment dans le bassin du Congo, alors que la déforestation mondiale montre des signes de ralentissement dans d’autres régions du monde, le bilan chiffré par pays selon les données 2024- 2025, montrent que, le deuxième poumon vert de la planète derrière l’Amazonie s’effrite de manière illégale. En 2024 par exemple, le Cameroun la perte du couvert forestier se stabilise autour de 110 000 à 170 000 hectares par an, avec un focus sur les zones de savanes boisées et les lisières forestières.  Du côté de la République Démocratique du Congo (RDC), la déforestation a atteint un record historique avec 590 000 hectares de forêts primaires perdus et les données de 2025 confirment cette tendance haussière due à la demande du charbon de bois et à l’insécurité à l’Est du pays. Le Gabon pour sa part, a enregistré une perte de 26 000 hectares de forêts en 2024, maintenant ainsi son statut de pays à « haute couverture forestière et faible déforestation ».

Reboiser pour réguler l’écosystème forestier

Le reboisement en 2026 au Cameroun et dans la zone Afrique centrale ne se limite plus à une simple plantation d’arbres. On passe d’une simple plantation à une à une véritable restauration des paysages forestiers intégrée à l’économie verte. De ce fait, le Cameroun maintient son engagement de restaurer d’ici à 2030, 12 millions d’hectares de terres dégradées, soit l’un des engagements les plus ambitieux d’Afrique. Notons que depuis le lancement des programmes structurés vers 2006, environ 30 000 hectares ont été officiellement reboisés via les campagnes nationales, avec plus de 4 millions d’arbres mis en terre sur l’ensemble du territoire national. Des zones urbaines à l’exemple de Douala et Yaoundé bénéficient des initiatives « Villes Vertes », qui visent la plantation de milliers d’arbres d’ombrages et fruitiers pour lutter contre les vagues de chaleur extrême en milieu urbain d’où l’objectif de la phase pilote à Douala de 1000 arbre est une illustration louable. Malgré ces avancées, le taux de survie des jeunes plants souvent inférieur à 50% dans le Grand Nord en raison du stress hydrique reste un défi à surmonter par les pouvoirs publics.

En mars 2026, la Commission des Forêts d’Afrique Centrale (Comifac), a validé une harmonisation des politiques de reboisement pour faciliter les financements internationaux. Ainsi, de nouveaux centres de formation techniques pour les métiers de la forêt et du bois ont été ouvert au Cameroun et en RDC pour professionnaliser les équipes de terrain chargées du suivi des plantations. En somme, environ 5 millions d’hectares de forêts de production dans le Bassin du Congo sont désormais sous gestion durable certifiée FSC/PAFC, bien que ce ne soit pas du reboisement au sens stricte, mais cela garantit une régénération systématique après chaque coupe, évitant ainsi la conversion des terres. Toutefois, l’usage d’essences locales telles que l’Ayous, l’Assaméla et l’Ébène remplace progressivement les espèces exotiques comme l’Eucalyptus ou l’Acacia, pour favoriser le retour de la biodiversité d’origine.

Par Arnaud Joseph Etoundi

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