Décomptes: Le Mintp expérimente le paiement en ligne
Avec la formation de ses agents à la plateforme « RF-eTrust » le 4 juillet dernier à Douala, le ministère des Travaux publics accélère la digitalisation de ses procédures et entend garantir des paiements plus rapides et transparents.
« RF-eTrust ». C’est le nom de la plateforme numérique que le ministère des Travaux publics (Mintp) prépare son personnel à utiliser dans le cadre des paiements des décomptes dans le secteur des BTP. Pour un début d’implémentation, 21 personnels de ce ministère ont été réunis le 4 juillet 2025 à Douala dans le cadre d’un séminaire de formation. Leur mission ? Maîtriser, une plateforme numérique conçue pour transformer les procédures de traitement des décomptes et des cautions. Lancée en phase pilote en 2023 par le Fonds routier, cette solution innovante s’impose comme un levier stratégique de modernisation de l’action publique.
En effet, chaque année, les retards de paiement des entreprises du BTP plombent les chantiers et nuisent à la qualité des infrastructures. Ces retards sont liés à une procédure d’authentification manuelle des décomptes, lente et vulnérable aux fraudes. « Nous recevions parfois des décomptes non conformes. La vérification manuelle prenait trop de temps, ce qui ralentissait les paiements », reconnaît Aubin Essaie Moussa, administrateur du Fonds routier.
Pour remédier à cette situation, « RF-eTrust » permet désormais aux ordonnateurs de signer et d’authentifier électroniquement les documents via ordinateur ou téléphone, avec génération d’un QR code infalsifiable. Ce système garantit ainsi l’authenticité, l’intégrité et la traçabilité des pièces. « Avec la signature électronique, plus de doutes sur l’émetteur, c’est un gage de sécurité et de transparence », souligne Michel Innocent Mbem Ngombe, ingénieur principal des Travaux publics.
Une adoption progressive et méthodique
Depuis 2023, l’extension de « RF-eTrust » s’opère par étapes. Après une phase pilote réussie avec le ministère des Transports, trois ateliers ont formé 45 agents du Mintp répartis sur les réseaux routiers Sud, Ouest et Nord. La session de Douala marque une nouvelle avancée avec 21 nouveaux responsables formés. La formation, structurée autour de deux axes principaux, l’encadrement juridique de la signature électronique et la présentation détaillée de la plateforme, inclut également des sessions pratiques. Celles-ci permettent aux participants de déposer en ligne des décomptes et de valider instantanément leur authenticité. « L’objectif est que ces agents deviennent des relais techniques dans leurs zones respectives », explique un cadre du Fonds routier.
Prochaine étape : la formation des acteurs du ministère de l’Habitat et du développement urbain, avec une ambition d’extension progressive aux autres ordonnateurs publics et aux services régionaux. Le représentant du maire de Douala a salué « une initiative traduisant une volonté forte de renforcer la gouvernance et l’efficacité des projets d’infrastructures publiques ». Cette démarche s’inscrit dans la stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30), qui place la dématérialisation au cœur de la modernisation de l’administration publique.
Toutefois, l’appropriation de la plateforme « RF-eTrust » n’est pas exempte de défis. « Les conditions techniques ne sont pas encore toujours réunies. L’accès au réseau reste inégal, notamment en déplacement », souligne Michel Mbem Ngombe. Par ailleurs, pense-t-il, la montée en compétences des utilisateurs, parfois peu familiarisés avec ces technologies, est essentielle pour assurer la réussite du projet.
Conscient de ces contraintes, le Fonds routier accompagne chaque formation d’un appui technique afin de garantir une utilisation fluide de l’outil. L’enjeu est crucial : « Si les agents n’utilisent pas « RF-eTrust », les retards persisteront. Et cela a des conséquences directes sur les chantiers : quand les entreprises ne sont pas payées à temps, elles arrêtent les travaux », rappelle Aubin Essaie Moussa. À terme, l’objectif est clair : intégrer la plateforme à l’ensemble des ordonnateurs publics jusqu’aux régions, afin de restaurer la confiance des partenaires et renforcer la performance de l’État dans la réalisation des projets routiers.
H.T

