Déchets : Un danger bien plus grand qu’il n’y paraît

Les déchets ménagers ne se contentent pas d’encombrer les rues ou de dégrader le paysage urbain. Lorsqu’ils sont mal gérés, leurs conséquences s’étendent aux sols, à l’eau, à l’air, à la biodiversité et, au bout du compte, à la santé humaine. C’est le principal message délivré par les experts du ministère de l’Environnement de la protection de la nature et du développement durable (Minepded) lors du séminaire organisé à Yaoundé en marge de la Journée mondiale de l’Environnement.

Les sols figurent parmi les premières victimes. Les déchets abandonnés ou enfouis sans précaution libèrent progressivement des substances qui s’infiltrent dans la terre. Cette pollution peut atteindre les terres agricoles, réduire leur qualité et contaminer les cultures destinées à l’alimentation. Les produits chimiques ou les déchets issus des activités de soins présentent des risques encore plus importants pour les écosystèmes.

L’eau est tout aussi exposée. Les déchets rejetés dans les cours d’eau, les lacs ou les caniveaux finissent par polluer les rivières, les puits et les nappes souterraines. Cette contamination fragilise les espèces aquatiques et augmente les risques sanitaires pour les populations qui utilisent ces ressources au quotidien. Les spécialistes rappellent également que certains liquides provenant des déchets contiennent des substances particulièrement polluantes qui dégradent durablement la qualité de l’eau.

La qualité de l’air se détériore également. Le brûlage des déchets à ciel ouvert libère des fumées chargées de substances nocives. À celles-ci s’ajoutent les gaz produits par la décomposition des ordures. Ensemble, ils favorisent les maladies respiratoires, les allergies, les bronchites et contribuent au réchauffement climatique.

Les conséquences touchent aussi la biodiversité. Des animaux terrestres et marins confondent régulièrement les déchets avec de la nourriture. Beaucoup meurent après avoir ingéré du plastique ou d’autres matières toxiques. D’autres accumulent ces substances dans leur organisme, lesquelles remontent ensuite toute la chaîne alimentaire jusqu’à l’homme. L’accumulation des déchets détruit par ailleurs des habitats naturels et favorise la prolifération de rongeurs et d’insectes porteurs de maladies.

Des lois existent, mais le terrain peine à suivre

Les dépôts sauvages, les ordures qui débordent des bacs ou encore le brûlage à ciel ouvert donnent parfois l’impression que la gestion des déchets évolue sans véritable cadre. Pourtant, le Cameroun dispose d’un arsenal juridique qui couvre aussi bien la prévention, la collecte, le traitement que l’élimination des déchets. Le défi se situe désormais dans la mise en œuvre de ces textes.

Tout commence avec la Constitution, dont le préambule reconnaît le droit de chaque citoyen à vivre dans un environnement sain. Ce principe est renforcé par plusieurs conventions internationales ratifiées par le Cameroun. La Convention de Bâle encadre les mouvements de déchets dangereux et interdit leur transfert vers les pays les moins développés. La Convention de Bamako proscrit l’importation de déchets dangereux, y compris radioactifs, sur le continent africain. Quant à la Convention de Stockholm, elle fixe des exigences destinées à limiter les émissions polluantes lors de l’incinération des déchets.

Au niveau national, la loi-cadre du 5 août 1996 constitue la pierre angulaire de la politique environnementale. Elle consacre notamment le principe du « pollueur-payeur » et précise que les déchets doivent être éliminés « dans des conditions propres à éviter toute atteinte à la santé de l’homme et à l’environnement ». Cette loi est complétée par plusieurs décrets et arrêtés qui réglementent la gestion des déchets industriels, médicaux, électroniques ou encore des emballages non biodégradables.

Le législateur a également renforcé le rôle des collectivités territoriales décentralisées. Depuis le Code général des CTD de 2019, les communes sont davantage impliquées dans la lutte contre l’insalubrité, la pré-collecte et la gestion des ordures ménagères. Plus récemment, un décret de 2023 a conditionné l’accès à une partie des financements destinés à l’enlèvement des déchets à l’adoption préalable d’un plan communal de gestion des ordures, validé par les autorités compétentes.

À cet arsenal s’ajoutent des normes techniques qui encadrent, par exemple, la création des décharges contrôlées ou les conditions d’incinération des déchets afin de réduire leurs effets sur l’environnement.

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