Crise postélectorale: Yaoundé tourne le dos aux « villes mortes »

Le mot d’ordre de protestation lancé par Issa Tchiroma, le candidat malheureux à la présidentielle du 12 octobre dernier, contre la victoire de Paul Biya n’a pas trouvé preneur dans la capitale, où la vie a suivi son cours habituel.

Pas de marchés fermés, pas de taxis à l’arrêt, pas de silence pesant dans les rues de Yaoundé ce 3 novembre. Alors que le candidat du Front pour le Salut national du Cameroun (FSNC) espérait une capitale paralysée, la ville aux sept collines offre plutôt depuis ce 3 novembre le spectacle d’une cité en pleine activité, animée, bruissante.

Dès les premières heures du matin, les grandes artères, du carrefour Nlongkak à Mvan, en passant par le marché central et Mokolo, sont bondées. S’il est vrai que ce n’est pas non plus l’affluence des grands jours, il n’en demeure pas moins vrai que, comme à l’accoutumée, les étals de fruits et de légumes s’étalent sous le soleil dans les marchés, les mototaxis slaloment entre les véhicules, les enfants prennent comme à l’accoutumée le chemin de l’école dans la bonne humeur.

Aucun signe de tension, aucune trace de ce mouvement annoncé depuis plusieurs jours sur les réseaux sociaux par Issa Tchiroma et ses partisans qui ont appelé les Camerounais à observer 3 jours de villes mortes à compter de ce 3 novembre jusqu’au 5 du même mois en cours.  « On nous dit de rester à la maison, mais pourquoi ? Pour perdre notre journée ? » s’interroge Hermine, vendeuse de poisson à Essos. « Nous, on veut la paix, on veut travailler. » Des témoignages de ce genre sont légion. Dans les quartiers de la capitale, entre autres, Bastos, Biyem-Assi, Ngoa-Ekellé, Obili, les populations vaquent librement à leurs occupations. Les administrations du centre-ville, les établissements scolaires ou encore les lieux de loisirs et de tourisme, pour ne citer que ces cas, sont ouverts et accueillent élèves, usagers et clients.

Ayant anticipé cette tentative de déstabilisation, les autorités, à l’instar du ministre de la Communication, René Emmanuel Sadi, ont invité les populations à « vaquer librement à leurs occupations » et à « ne pas céder à la manipulation d’acteurs politiques en quête de chaos ». Le ministre de l’Administration territoriale, Paul Atanga Nji, a pour sa part mis en garde contre « toute action visant à troubler l’ordre public », rappelant que « la loi s’appliquerait dans toute sa rigueur » contre le candidat du FSNC qui répondra de ses actes devant les juridictions compétentes.

Visiblement, les Yaoundéens ont donc choisi la voie de la sagesse. Dans la capitale camerounaise comme un peu partout sur toute l’étendue du territoire à en croire les échos qui parviennent, les « villes mortes » de Tchiroma se sont transformées en journées ordinaires, voire symboliques : celles d’un pays qui affirme son rejet des divisions. « Nous avons compris que ces appels n’avaient qu’un but : semer la peur », estime Arnaud, chauffeur de taxi. « Les Camerounais ne veulent pas de ça. On a besoin de stabilité. »

Cette réaction citoyenne tranche avec l’attitude d’Issa Tchiroma, qui, deux jours seulement après le scrutin, s’était autoproclamé vainqueur, alors que les résultats officiels, validés le 27 octobre dernier par le Conseil constitutionnel, donnent une nette victoire au président Paul Biya. Une posture jugée « irresponsable » par les autorités, et même par certains analystes politiques, qui y voient une tentative d’exister médiatiquement après une défaite mal acceptée.

Par Julien Efila

 

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