Crevettes: 6000 tonnes de crevettes capturés/an

Malgré un potentiel halieutique estimé à plus de 30 milliards de FCFA, et une production artisanale en hausse, le Cameroun peine encore à franchir les barrières sanitaires des marchés les plus lucratifs, notamment l’Union Européenne.

Les chiffres publiés en décembre 2025 par le programme FISH4ACP, sous l’égide de l’Organisation des Nations Unies pour l’Alimentation et l’agriculture (FAO) et du ministère de l’Élevage des Pêches et des Industries Animales (MINEPIA), sont sans appel. La pêche artisanale maritime capte à elle seule environ 6000 tonnes de crevettes par an. Une manne évaluée à environ 30 milliards de FCFA, soit 53 millions de dollars USD. Sur les étals des marchés de Youpwe à Douala ou sur les débarcadères de Kribi, elle brille par sa couleur et sa taille. La crevette camerounaise, qu’elle soit « rose », « de Guinée » ou « tigrée », reste l’un des fleurons de la biodiversité marine du golfe de Guinée. Pourtant, derrière l’effervescence des pirogues, qui rentrent au port, se cache une réalité économique complexe à savoir que le Cameroun exporte moins qu’il ne le pourrait, et surtout pas là où la valeur ajoutée est la plus forte.

Si le volume témoigne de la vitalité du secteur, il souligne aussi une dépendance aux circuits informels.  En l’absence de débouchées, structurés vers l’Europe, une part importante de cette production transite par des circuits transfrontaliers vers le Nigeria voisin ou finit sur le marché local à des prix qui ne permettent pas toujours de rentabiliser les coûts croissants du carburant et du matériel de pêche. À cet effet, le « carton rouge » européen est une sorte d’héritage pesant étant donné que le principal verrou reste l’embargo imposé par l’Union Européenne depuis 2009. Pour des raisons de non-conformité sanitaire et d’insuffisances dans le système de contrôle des captures, les produits camerounais de la mer sont « persona non grata » sur les tables bruxelloises ou parisiennes. Si l’horizon 2032 a été avancé pour une levée totale de cette suspension, l’année 2026 marque quant à elle un tournant dans la stratégie de riposte à Yaoundé.

L’enjeu est de taille notamment sur le marché international où le kilogramme de crevette de qualité supérieure se négocie entre 4 et 7 dollars soit 2 228 FCFA et 3 899 FCFA. Sans accès aux marchés premium, le Cameroun pourrait se priver de devises essentielles pour équilibrer sa balance commerciale. Face à l’offensive réglementaire d’avril 2026, le Cameroun a accéléré la cadence ces dernières semaines. Le 13 avril 2026 déjà, un nouveau cadre légal a été entériné pour durcir la lutte contre la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN). Cette réforme vise à rassurer les partenaires internationaux sur la provenance et la légalité de chaque kilogramme de crevette sortant des eaux territoriales camerounaises. Au-delà de la réglementation, la filière crevette doit faire face à des défis environnementaux et structurels car la cohabitation avec l’industrie extractive (pétrole et gaz off-shore) réduit parfois les aires de pêche, tandis que le changement climatique influence la saisonnalité des captures, dont le pic se situe traditionnellement entre juillet et octobre.

En ce mois d’avril 2026, la filière crevette au Cameroun est à la croisée des chemins.  Cependant, les outils de collecte de données validés récemment lors des ateliers nationaux suggèrent que le pays dispose enfin d’une base statistique fiable pour piloter son « Plan de développement de la santé » appliqué aux ressources halieutiques.   Si les réformes législatives du 13 avril et les engagements sanitaires du 15 avril se traduisent par des actions concrètes sur le terrain, l’or rose du Cameroun pourrait bien redevenir un moteur de croissance économique.

Par Arnaud Joseph Etoundi

 

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