Corridor Douala-Ndjamena-Bangui: La fluidité du transit reste un défi

Axe vital pour les échanges entre le Cameroun, le Tchad et la République Centrafricaine, le corridor trans-camerounais peine encore à surmonter les obstacles qui affectent sa compétitivité logistique.

Poumon du commerce sous-régional en Afrique centrale, le corridor Douala–N’Djamena–Bangui reste confronté à des difficultés persistantes qui affectent la fluidité du transit des marchandises. Cet axe stratégique reliant les ports camerounais de Douala et Kribi au Tchad et à la République Centrafricaine demeure vital pour les économies des pays de l’hinterland, fortement dépendants des infrastructures portuaires camerounaises pour leurs importations et exportations. Pourtant, sur le terrain, les opérateurs économiques continuent de dénoncer un parcours semé d’embûches.  Long de près de 1 800 kilomètres entre Douala et N’Djamena, le corridor constitue l’épine dorsale du commerce extérieur tchadien. Une part importante des marchandises destinées au Tchad et à la RCA transite par cet axe. Toute perturbation sur la chaîne logistique entraîne automatiquement des répercussions sur les délais d’approvisionnement, les coûts de transport et les prix des produits dans les pays destinataires.

Parmi les difficultés les plus souvent citées figurent les contrôles routiers répétés. Les transporteurs dénoncent depuis plusieurs années la multiplication des postes de contrôle et des arrêts le long du corridor. Une mission d’évaluation réalisée sur l’axe Douala–Ndjamena a recensé jusqu’à 64 points d’arrêt sur un parcours de 1 392 kilomètres, soit un point d’entrave tous les 21 kilomètres environ. Une situation qui rallonge les délais de transport et augmente les charges d’exploitation. À ces contraintes s’ajoutent les tracasseries administratives et la lenteur des procédures. Entre vérifications douanières, formalités de transit et multiplicité des intervenants, les opérateurs logistiques estiment que les délais restent encore élevés malgré les réformes engagées. Les acteurs du secteur évoquent également des coûts additionnels liés aux immobilisations prolongées des camions, à la consommation supplémentaire de carburant et à l’usure accélérée des véhicules.

Les difficultés sécuritaires constituent un autre défi. Sur certains tronçons, notamment dans les zones proches des frontières ou dans certaines parties du corridor, les opérateurs réclament un renforcement des mesures de sécurisation afin de garantir la continuité du trafic et protéger les marchandises. Pour les pays enclavés comme le Tchad et la RCA, la stabilité du corridor conditionne directement l’approvisionnement des marchés nationaux.  Face à ces défis, les trois pays tentent de relancer les réformes. Réunis à Ndjamena lors de la 5ᵉ édition du Forum tripartite Cameroun–Tchad–RCA, responsables portuaires, administrations douanières et acteurs du transport ont remis la question de la fluidité du corridor au centre des débats. L’objectif affiché est clair : réduire les barrières physiques et administratives qui freinent encore les échanges commerciaux.

Parallèlement, plusieurs initiatives de digitalisation ont été lancées. Le Cameroun a notamment engagé la numérisation de certaines procédures liées au fret terrestre afin d’améliorer la traçabilité des opérations et réduire les délais administratifs. Les autorités misent également sur l’interconnexion des plateformes logistiques entre les pays du corridor.  Pour le Cameroun, l’enjeu dépasse la seule question du transit. Il s’agit aussi de consolider son rôle de plateforme logistique régionale à travers les ports de Douala et Kribi. Quant au Tchad et à la RCA, l’amélioration du corridor apparaît comme une condition essentielle pour soutenir la compétitivité de leurs économies.

Mais malgré les annonces et les réformes en cours, les opérateurs restent prudents. Entre obstacles administratifs, contrôles multiples et coûts logistiques élevés, le corridor Douala–N’Djamena–Bangui continue de fonctionner sous pression. La modernisation de cet axe stratégique reste donc l’un des grands chantiers de l’intégration économique en Afrique centrale.

Diane Kenfack

 

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