Conseils régionaux : Le RDPC ignore les femmes et les jeunes

En dépit de l’engagement solennel du chef de l’État en faveur de la responsabilisation de la jeunesse et de la gent féminine, les récentes élections des présidents des conseils régionaux illustrent une fois de plus le décalage persistant entre le discours officiel et les pratiques du parti au pouvoir.

« Ainsi que j’ai eu l’occasion de vous le dire, la situation des jeunes et des femmes sera au cœur de mon action tout au long de ce septennat. L’un des principaux objectifs que je me suis fixé à cet égard est de promouvoir une meilleure responsabilisation et une meilleure protection des jeunes et des femmes. » Cette déclaration du président de la République, Paul Biya, le 6 novembre dernier à l’occasion de sa prestation de serment, résonne aujourd’hui comme une promesse trahie par son propre parti : le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC).

En effet, à l’issue de l’élection des présidents des conseils régionaux récemment tenue conformément au calendrier électoral, le constat est sans appel : pas une seule femme, pas un seul jeune n’ont été choisis par le parti au flambeau ardent pour présider aux destinées de ces instances en charge du pilotage des politiques de décentralisation au niveau des régions pour les cinq prochaines années. Bien au contraire, ce sont dix hommes, tous issus du même moule politique, incarnant à plus de 99 % une élite très vieillissante qui ont été portés à la tête de ces institutions, contredisant frontalement la vision affichée par le président national du parti au flambeau ardent.

À l’analyse, cet état de chose ne relève ni du hasard, ni d’un manque de compétences féminines ou juvéniles. Mais bien d’un choix politique devenu la marque de fabrique du parti de Paul Biya, au fil des années. Le Sénat, l’Assemblée nationale, le Conseil constitutionnel et même certains départements ministériels pour ne citer que ces cas, restent entre les mains de personnalités dont l’âge, très avancé, symbolise l’immobilisme du système.

Pourtant, cette dérive n’est pas sans conséquences pour le Cameroun, engagé dans un monde globalisé où l’innovation, la compétitivité et l’adaptabilité reposent largement sur l’inclusion des jeunes et des femmes dans les processus de décision. En persistant à les exclure des centres de pouvoir, le RDPC prive le pays d’énergies nouvelles, de compétences avérées et de regards capables de répondre aux défis contemporains tels que la transition numérique, les mutations économiques et les enjeux climatiques.

Cette marginalisation alimente le désenchantement politique, renforce la défiance envers les institutions et pousse une frange importante de la jeunesse vers l’exil ou l’abstention civique. À terme, elle fragilise la cohésion nationale et enferme le pays dans une gouvernance en décalage avec les standards internationaux, où la diversité, l’équité et le renouvellement des élites ne sont plus des options, mais des impératifs.

 

Julien Efila

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