CM14: Echec des négociations de l’OMC sur l’agriculture
Durant quatre jours, les 166 pays membres de l’OMC n’ont trouvé aucun accord sur l’agriculture, révélant des blocages persistants entre grandes puissances et pays du Sud sur la sécurité alimentaire et les subventions.
Au terme de quatre jours de discussions intenses, la 14e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) s’est achevée, le 30 mars 2026 à Yaoundé, sans avancée sur le dossier agricole. Pourtant placé au cœur des attentes, ce secteur a cristallisé les tensions au point de faire échouer l’ensemble des négociations, confirmant un blocage qui dure depuis plus de vingt ans.
Dès les premières heures, les divergences sont apparues. D’un côté, les pays africains et plusieurs économies en développement ont plaidé pour plus de marge de manœuvre afin de soutenir leurs agriculteurs. De l’autre, les grandes puissances commerciales, notamment les États-Unis, sont restées fermes sur leurs positions. Résultat : aucun compromis n’a été trouvé, malgré des discussions prolongées jusque tard dans la nuit. « L’agriculture est le secteur qui a vu le moins de progrès en 30 ans d’existence de l’OMC. Nous ne pouvons pas permettre que cela continue », a déclaré le ministre brésilien des Affaires étrangères, Mauro Vieira, illustrant le ras-le-bol d’une partie des délégations. Cette frustration est largement partagée par les pays africains, qui dénoncent des règles jugées défavorables à leurs économies.
En effet, pour ces États, la question est simple : comment développer leur agriculture si leurs producteurs ne peuvent pas être soutenus au même titre que ceux des pays riches ? « Les pays développés ne veulent pas que nos États soutiennent les petits producteurs. Et ça, c’est un problème pour nous », a regretté Cheikh Ahmed Bassirou Sané, coordinateur du sous-comité commerce des produits agricoles du Sénégal. Dans les couloirs de la conférence, le constat est le même. Les représentants africains pointent du doigt le maintien des aides agricoles dans les pays du Nord, notamment dans le secteur du coton, qui pénalise les producteurs locaux. « Pendant 20 ans, chacun est resté sur ses positions, sans mettre en avant la sécurité alimentaire », a dénoncé Amadou Diop, président du Comité national du Codex au Sénégal.
Ce blocage est d’autant plus marquant que le commerce agricole mondial n’a cessé de croître. Selon les données présentées lors de la conférence, sa valeur est passée de 300 milliards de dollars en 2000 à près de 1 500 milliards en 2024. Parallèlement, les barrières douanières ont diminué, facilitant les échanges. Mais cette progression ne s’est pas accompagnée d’un accord sur les règles du jeu, laissant persister de profondes inégalités. Dans ce contexte, les discussions ont rapidement dépassé le cadre technique pour devenir un véritable bras de fer politique. Le Brésil a conditionné son soutien à d’autres dossiers à des avancées sur l’agriculture, tandis que l’Inde a défendu son droit à protéger ses ressources et ses revenus. En face, les États-Unis ont privilégié d’autres priorités, accentuant les tensions.
Malgré quelques avancées sur des sujets secondaires, comme la pêche ou l’intégration des petites économies, l’absence d’accord sur l’agriculture a pesé lourd dans le bilan final. Elle a également contribué à bloquer d’autres dossiers, notamment celui du commerce électronique, étroitement lié aux équilibres globaux des négociations. Pour l’Afrique, l’enjeu reste crucial. Le continent, qui ne représente qu’une faible part du commerce mondial, mise sur l’agriculture comme levier de développement économique et social. Mais sans évolution des règles internationales, les perspectives restent limitées. « Nous avons besoin de soutenir notre production et nos petits producteurs », insiste un délégué africain.
H.T

