Change informel: Ce que cela coûte au fisc…

D’après la récente note du Camercap-Parc, en échappant au contrôle de l’État, le marché du change informel prive les finances publiques de recettes essentielles et affaiblit toute la chaîne économique.

Derrière les échanges de devises qui se déroulent  dans les rues de la zone XAF, le fisc n’y voit que du feu. Constat confirmé dans  la récente note de veille économique et stratégique du Centre d’analyses et de recherches sur les politiques économiques et sociales du Cameroun (Camercap-Parc). Le change informel, en plein essor dans les grandes villes, soustrait des millions de francs CFA aux recettes publiques. Une perte sèche, invisible dans les bilans officiels, mais bien réelle pour les États qui peinent déjà à mobiliser leurs ressources internes.

Le premier manque à gagner provient d’une évidence : aucune des transactions opérées par les changeurs clandestins n’est déclarée. Ni impôts, ni taxes, ni obligations comptables. « Tout se passe en espèces, sans facture, sans registre, sans trace », résume un agent du ministère des Finances. À l’inverse, les bureaux de change agréés sont soumis aux contrôles et aux obligations fiscales classiques. Ce décalage crée ce que les spécialistes appellent un «trou fiscal» : un secteur actif qui ne contribue pas à l’effort national.

Cette évasion fiscale s’accompagne d’une injustice flagrante. Les opérateurs légaux, enregistrés comme PME, supportent la fiscalité pleine, tandis que les acteurs informels prospèrent sans charges. Le résultat est double : les recettes de l’État chutent et les structures formelles perdent en compétitivité. Certaines finissent par réduire leur activité, d’autres ferment, entraînant une nouvelle contraction de l’assiette fiscale.

Au-delà de ce manque à gagner direct, d’autres pratiques aggravent encore le coût pour le Trésor. La circulation de faux billets, fréquente dans le change informel, génère des pertes que les victimes tentent parfois de compenser en réinjectant les coupures douteuses dans l’économie. Cette dérive, de l’avis d’expert, fragilise la confiance dans la monnaie et impose, à terme, des opérations de contrôle plus coûteuses pour les autorités monétaires.

Plus grave encore, l’absence totale de traçabilité, fait du marché noir un espace favorable aux flux financiers illicites. Le blanchiment d’argent, facilité par des transactions anonymes, prive à nouveau l’État de recettes légales qui devraient transiter par les circuits déclarés. À cela s’ajoutent les transferts opaques liés à des activités criminelles ou à des zones de conflits, qui échappent entièrement au radar fiscal.

Ainsi, derrière une activité perçue comme pratique, sans tracasseries, se cache une hémorragie financière silencieuse. «Tant que le change informel restera hors contrôle, chaque transaction effectuée dans la rue représentera un impôt non perçu, une PME fragilisée et une économie affaiblie. En somme, un coût élevé pour des États qui ne peuvent plus se permettre de perdre un seul franc de recettes», relève un économiste.

H.T 

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