CDC: Paul Biya règle les arriérés de salaire pour 36 milliards

Selon les informations d’Expression économique, en application des instructions du président de la République, ces ressources financières permettront de régler intégralement les salaires dus aux employés sur la période 2018-2022.

35,75 milliards de FCFA. C’est le montant que le ministère des Finances (Minfi) doit débloquer, sur instructions du président de la République, au titre du paiement des arriérés de salaire de la Cameroon Development Corporation (CDC), le plus gros employeur après l’Etat du Cameroun. Selon les informations d’Expression économique ce montant permettra d’apurer intégralement les arriérés de salaires dues aux employés de la CDC accumulés sur la période 2018-2022.

Cette opération, apprend-on, vise à préserver la paix sociale, restaurer la dignité des travailleurs et favoriser la relance économique des régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, frappées par la crise sécuritaire depuis 2016. Ceci dans un contexte où la CDC, fleuron agro-industriel du Cameroun et deuxième employeur national après l’État, a vu sa capacité de production et ses équilibres financiers gravement affectés. Nonobstant cette situation, le président de la République a instruit le maintien des emplois malgré la conjoncture, rejetant toute hypothèse de licenciement économique. Ce qui a permis de solder l’intégralité des salaires impayés de plus de 20 000 agents, renforçant ainsi le niveau de vie et redonnant espoir et stabilité aux familles concernées.

L’opération conclue est structurée en deux tranches, sous forme de cession de créances à des conditions compétitives, et dans le respect des plafonds définis par la loi de finances. Elle a bénéficié du concours d’institutions financières citoyennes, notamment FedhEn Capital, Société Générale Capital Securities Central Africa (en qualité d’arrangeurs), ainsi que Société Générale Cameroun, CCA Bank et AFG Bank (en tant que banques participantes).

Au-delà de son importance immédiate, apprend-on, cette opération de cession de créances s’inscrit dans une stratégie plus globale conduite par le gouvernement visant à proposer des mesures institutionnelles, légales, techniques et financières pour la restructuration et la modernisation de cette entreprise névralgique, afin d’assurer sa relance durable et une contribution plus soutenue à l’économie nationale.

Promesse tenue

S’exprimant le 15 janvier 2025 à Buéa, la capitale régionale du Sud-Ouest, où il a procédé au lancement de l’exécution du budget 2025 de l’État, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, a révélé que le gouvernement était parvenu à un accord avec deux banques locales, pour payer la lourde dette sociale et salariale de la CDC.

La reprise et l’apurement des dettes salariale, sociale et fiscale de la CDC par l’État (91,6 milliards FCFA au total, NDLR) devrait rasséréner le climat au sein de cette unité agro-industrielle publique, et déblayer le chemin pour la reprise des investissements pouvant permettre la relance de l’entreprise. En effet, selon le ministre délégué auprès du ministre de l’Économie, la CDC fait partie, avec la Sodecoton, Pamol et la Semry, des quatre sociétés pour lesquelles l’État recherche actuellement des financements auprès des partenaires financiers, en vue de booster les capacités de production. Paul Tasong a fait cette révélation fin décembre 2024 devant la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, lors de la défense de l’enveloppe budgétaire du ministère de l’Économie pour l’exercice 2025.

Avec des pertes cumulées de 38,7 milliards de FCFA entre 2019 et 2021, selon les données de la CTR, la CDC est l’entreprise camerounaise qui paye le plus lourd tribut des revendications séparatistes en cours dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du Cameroun depuis fin 2016. En 2018, par exemple, 12 sites de production sur les 29 que compte l’entreprise étaient en arrêt total de production, en raison de l’insécurité créée dans les plantations par les militants séparatistes. Ces derniers n’ont d’ailleurs pas hésité à transformer certains de ces sites en camps de base pour leurs milices armées, qui ont tué plusieurs travailleurs et grièvement blessés plusieurs autres. Cette conjoncture difficile a officiellement causé la perte de 6 124 emplois sur les plus de 22 000 que comptait alors cette société d’État.

Dans ce contexte, la CDC avait disparu du fichier des exportateurs de bananes (le produit phare de l’entreprise, NDLR) à partir de septembre 2018, pour ne réapparaître qu’au mois de juin 2020. Avec des volumes de production jusqu’ici largement inférieurs à ceux d’avant le déclenchement, fin 2016, de la crise dite anglophone. À titre d’illustration, au cours des neuf premiers mois de l’année 2024, la CDC a exporté seulement 22 640 tonnes de bananes, selon les données compilées par l’Association bananière du Cameroun (Assobacam).

À en croire la même source, cette cargaison est plus de trois fois inférieure aux 75 894 tonnes exportées au cours de la même période en 2016, date du déclenchement de la crise séparatiste qui secoue les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest du pays. En 2017, soit un an après le début de cette crise, la CDC exportait encore près de 74 000 tonnes à fin septembre, correspondant à une moyenne de plus de 8 000 tonnes de bananes expédiées vers le marché international chaque mois. Ce qui n’est plus le cas depuis huit ans.

Retour au résultat positif

L’examen du rapport du commissaire aux comptes Forvis Mazars sur les états financiers 2024 de la Cameroon Development Corporation (CDC), agro-industrie publique détenue à 100 % par l’État, révèle un résultat net positif de 45,4 milliards FCFA au cours de cet exercice.

Ce bénéfice est essentiellement dû à l’annulation d’une dette fiscale et sociale de 59 milliards FCFA par l’État, comptabilisée en produits exceptionnels. Cette dette comprenait notamment 24,1 milliards FCFA de cotisations sociales dues à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), dont le montant a chuté de 80 % en 2024, selon le rapport. L’autre composante de cette dette est celle due au personnel, évaluée à 35 milliards FCFA.

En parallèle, la dette fiscale de la CDC a connu une diminution significative de 78 % au 31 décembre 2024, consécutive à l’annulation et à la reprise par l’État de 14 milliards FCFA.

L’annulation globale de cette dette a permis à la CDC d’améliorer sensiblement ses performances comptables. Ainsi, l’entreprise a réalisé un chiffre d’affaires de 23 milliards FCFA en 2024, en hausse de 3 milliards FCFA en valeur absolue par rapport à l’exercice précédent, soit une progression de 11 % en valeur relative.

Maixent Fegue

 

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