Caisses des dépôts et consignations: Evina Obam dénonce une offensive de la COBAC contre la souveraineté des États
Dans une correspondance d’une virulence rare datée du 15 juin 2026, le Directeur Général de la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (Cdec) fustige la énième tentative de « passage en force » du régulateur bancaire sous-régional.
L’affrontement larvé qui oppose depuis plusieurs mois la Caisse des Dépôts et Consignations du Cameroun (Cdec) aux instances financières de la Cemac vient de franchir un nouveau cap d’intensité. Dans un courrier officiel adressé à Marcel Ondélé, le Secrétaire général (SG) de la Commission bancaire de l’Afrique centrale (Cobac), Richard Evina Obam, patron de la Cdec, livre un véritable réquisitoire technique et politique contre ce qu’il qualifie de tentative de spoliation institutionnelle.
Au cœur de cette colère noire, une nouvelle consultation initiée par la Cobac visant à élargir la définition des « opérations de banques ». Selon le Directeur Général de la Caisse, cette manœuvre réglementaire dissimule un objectif précis : intégrer subrepticement les dépôts réglementés et les consignations administratives, judiciaires et conventionnelles dans le périmètre du régulateur bancaire. Une démarche qu’il qualifie sans détour de « véritable hérésie dans le monde de la finance ».
Pour le dirigeant camerounais, la Cobac outrepasse de manière flagrante ses prérogatives fondamentales en violant l’ordre juridique primaire de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (Cemac).
« Le principe de la spécialité en droit exige que chaque entité juridique ne puisse agir que dans la limite des compétences à elle attribuées par ses textes fondateurs comme le prescrit si bien l’article 11 du Traité révisé du 30 Janvier 2009 de la CEMAC », rappelle-t-il fermement, avant de marteler que « la COBAC a des missions bien précises qui n’ont rien à voir avec les dépôts réglementés ».
Richard Evina Obam n’hésite pas à dénoncer une forme de harcèlement institutionnel et une obsession de la part du Secrétaire général de la Cobac à vouloir « dépouiller les Caisses de Dépôts de leur substance et à les mettre à tout prix sous le joug » de son institution. Face à cette situation, la position de la Cdec reste inflexible et s’aligne scrupuleusement sur les directives de la plus haute autorité de l’État. Le DG réitère que sa structure « demeure constante dans sa position à savoir celle fixée par la Présidence de la République du Cameroun au lendemain de votre injonction discriminatoire du 11 juillet 2024 demandant aux établissements de crédit de ne pas transférer les ressources qui lui sont dévolues en vertu de la loi ».
Au-delà des aspects purement techniques, le ton se fait particulièrement incisif lorsque le Directeur Général évoque les motivations sous-jacentes de cette réforme. Il dénonce un « processus fumeux » déjà entamé en 2024 sous l’égide de la BEAC, et fustige ce qu’il considère comme un alignement du régulateur sur des intérêts privés. Il regrette ouvertement « une connexion suspecte entre vous et certains officiels camerounais au sens de la déviance avéré et dont les rapports incestueux avec des lobbies corporatistes, manifestement hostiles à l’essor des Caisses des dépôts, participent à décrédibiliser les instances communautaires ».
Pour la Cdec, le constat est clair : le service public des dépôts et consignations relève exclusivement de la souveraineté interne de chaque État membre et ne saurait être confisqué par une instance communautaire par le biais de textes de droit dérivé. « Faire un passage en force en biaisant l’ordre juridique communautaire ferait empêtrer la zone CEMAC dans l’univers sordide de la mal gouvernance », prévient le Directeur Général.
Il conclut en invitant le régulateur à réorienter son énergie vers la préservation du système bancaire face aux « vraies menaces systémiques auxquelles il est exposé », plutôt que de chercher à museler un outil majeur de financement public.
Maixent Fegue

