Cacao: Pourquoi les prix baissent
Après avoir atteint des records, parfois jusqu’à 6 300 F/kg, lors de la campagne 2023-2024, les cours chutent de 500 à 600 F/kg depuis plusieurs semaines, à cause d’une production mondiale excédentaire face à une demande affaiblie.
Les producteurs de cacao, euphoriques l’an dernier au Cameroun, reçoivent une petite douche froide depuis plusieurs semaines. Et pour cause : les prix au Port de Douala d’où sont embarquées les cargaisons pour l’exportation, et même au bord des champs, ont amorcé une décrue, après avoir atteint des records, parfois jusqu’à 6 300 F/kg lors de la campagne 2023-2024. En effet, selon le Système d’information des filières (SIF) piloté par l’Office national du cacao et du café (ONCC), le kilogramme de fèves se négocie depuis le 14 novembre 2025 entre 2 300 et 2 400 FCFA au Port de Douala, soit une baisse de 500 à 600 F/kg. Dix jours plus tôt, les prix oscillaient entre 2 809 et 3 009 F, déjà en légère progression de 150 à 170 FCFA sur une semaine.
Il s’agit du décrochage le plus marqué depuis le 7 août 2025, date de lancement officiel de la campagne 2025-2026. Traditionnellement, ajoute notre source, l’assèchement des pistes en fin de saison pluvieuse entraîne la suppression des décotes appliquées par les acheteurs pour compenser les surcoûts logistiques. La séquence actuelle menace de contrecarrer cet effet saisonnier favorable. Du coup, les prévisions sont bouleversées. Les pouvoirs publics tablaient pour la campagne 2025-2026 sur des prix moyens aux producteurs compris entre 3 200 et 5 400 FCFA/kg. La correction en cours met à l’épreuve cette cible.
Les prix portuaires étant corrélés aux prix bord champ, les cacaoculteurs subissent mécaniquement un recul de rémunération. Selon notre confrère « Investir au Cameroun », cette baisse intervient alors que les producteurs espéraient, à l’approche de la fin des pluies, une hausse plus franche après plusieurs semaines de progressions modestes. Qu’est-ce qui est à l’origine de la diminution actuelle des prix ? D’après les spécialistes du marché des matières premières, les prix du cacao au Cameroun ont chuté à cause d’un excédent de l’offre mondiale de cacao estimé à 186 000 tonnes pour la campagne 2025-2026, ce qui exerce une pression baissière sur les cours internationaux et impacte directement les prix domestiques. De plus, une baisse de la demande mondiale et des contraintes logistiques contribuent à cette dépréciation, affectant les revenus des producteurs camerounais malgré une augmentation des volumes de production.
De plus, le volume de broyage de cacao a diminué, indiquant une consommation industrielle plus faible par rapport aux années précédentes, dans un contexte marqué par des prix volatils, influencés par les contraintes de la chaîne d’approvisionnement et l’instabilité des coûts logistiques.
En dernière analyse, ce repli met en lumière la vulnérabilité des revenus agricoles à la conjoncture internationale, malgré des améliorations logistiques saisonnières. Seule une transformation locale accrue, et non plus l’exportation à l’état brut de l’essentiel des volumes produits, permettra aux pays producteurs de capter une partie significative des gains colossaux générés tout au long de la chaine des valeurs mondiales du cacao dominée par les grands industriels installés dans les pays développés.
Bertrand Eba

