Bulletins de vote des aveugles et malvoyants: L’innovation qui vient d’Elecam
À moins d’un mois de la présidentielle du 12 octobre prochain, l’organe en charge de l’organisation des élections a dévoilé le 17 septembre dernier une pochette tactile qui permettra à cette catégorie d’électeurs de voter en toute autonomie.
Ils pourront, pour la première fois, voter sans assistance, sans gêne, et sans craindre de trahir leur choix le 12 octobre prochain, jour de l’élection présidentielle au Cameroun. Telle est l’assurance faite par Élections Cameroon (Elecam), le 17 septembre à l’occasion de la présentation au public des bulletins de vote des aveugles et malvoyants avec pour principale innovation cette fois-ci : l’ajout dans le matériel électoral des pochettes tactiles comme alternative au braille.
Destinée à améliorer l’accessibilité du vote aux citoyens aveugles et malvoyants, cette nouveauté marque un tournant dans la quête d’un scrutin réellement inclusif. Jusque-là, le braille était la seule option proposée aux personnes en situation de handicap visuel. Problème : tous les malvoyants ne lisent pas le braille. « Il fallait maintenant trouver un mécanisme qui intègre ceux qui lisent le braille et ceux qui ne le lisent pas », a expliqué Erik Essousse, directeur général des élections, lors de la présentation.
Concrètement, la pochette est marquée de points en relief dont le nombre correspond au numéro de chaque candidat sur le bulletin. Les points vont de un à douze, en fonction du nombre total de candidats à la présidentielle. L’électeur malvoyant, après avoir inséré son bulletin dans la pochette, peut identifier le candidat de son choix en se fiant au nombre de points tactiles, et cocher la case correspondante, sans aucune aide extérieure. Cette solution ingénieuse, qui apporte non seulement une autonomie inédite, mais aussi un gain considérable en confidentialité et en dignité.
Pour les principaux concernés, c’est une victoire. « La pochette tactile réduit les erreurs et nous permet de voter sans peur ni confusion », confie un membre d’une association de malvoyants à Yaoundé. Elle devient ainsi un véritable symbole d’inclusion, à l’heure où les personnes handicapées continuent de faire face à de multiples obstacles dans les autres sphères de la société : emploi, éducation, mobilité, etc.
Avec cette initiative, Elecam envoie un signal fort : l’égalité dans l’exercice des droits citoyens n’est pas une faveur, mais un droit fondamental. Reste à espérer que cette innovation électorale soit le point de départ d’une dynamique plus large vers une société plus accessible à tous.
Selon les chiffres communiqués par Elecam, plus de 12 000 électeurs aveugles et malvoyants sont attendus aux urnes le 12 octobre prochain. Leur prise en compte effective dans le processus électoral est le fruit d’un plaidoyer de longue haleine mené par des associations de défense des droits des personnes handicapées, qui réclament depuis des années une véritable inclusion politique. L’écho de ce combat semble enfin avoir trouvé une oreille attentive chez Elecam, qui fait aujourd’hui figure de pionnier en Afrique centrale dans ce domaine.
Mais, si l’introduction de la pochette tactile représente une avancée significative pour cette élection, elle met également en lumière les nombreux défis qui subsistent en matière d’accessibilité au Cameroun. Le secteur électoral semble montrer l’exemple, mais les autres domaines de la vie publique (éducation, emploi, transport, etc.) restent largement inaccessibles aux personnes en situation de handicap.
Julien Efila

