Budget 2026 financé à 35% par la dette­: Faut-il s’en réjouir ?

Avec un montant de 8 816,4 milliards de F CFA en 2026, contre 7 735,9 milliards en 2025 (augmentation de 1 080,5 milliards), le gouvernement vise un taux de croissance du PIB de 4,3% l’an prochain, contre 3,9% cette année. Mais, c’est presque un tiers du budget qui sera financé à crédit et non par les recettes internes.

Il ressort du Programme économique, financier, social et culturel du gouvernement pour l’exercice 2026, présenté mercredi dernier par le Premier ministre, chef du gouvernement, Joseph Dion Ngute à l’Assemblée nationale, ainsi que du projet de loi de finances pour l’an prochain, adopté dimanche soir par les députés, que les Camerounais devraient s’attendre à une légère amélioration de l’activité économique au cours de l’année qui arrive. En termes chiffrés, cela pourrait se traduire par une croissance du Produit intérieur brut (PÏB) de 4,3% en 2026, contre 3,9 % estimés en 2025 et 3,5 % en 2024. Quant à l’inflation, elle devrait poursuivre sa baisse pour atteindre 3% en 2026. On est parti de 7,3 % en 2023 à 4,5 % en 2024, puis 3,9 % au premier trimestre 2025, du fait principalement de la baisse des prix des produits alimentaires.

Priorité aux femmes et aux jeunes

Le budget 2026 s’équilibre en recettes et en dépenses à la somme de 8 816,4 milliards de FCFA, contre 7 735,9 milliards en 2025, soit une augmentation de 1 080,5 milliards en valeur absolue et de 14% en valeur relative. Ce budget est réparti ainsi qu’il suit : 8 683,9 milliards de FCFA, au titre du budget général et 132,5 milliards pour les comptes d’affectation spéciale.

S’agissant des objectifs poursuivis, il s’agit d’un budget d’impact socioéconomique, visant le renforcement de la dynamique de croissance économique et l’amélioration des conditions de vie des populations. Un accent est mis sur l’épanouissement social, éducatif, professionnel et économique des jeunes et des femmes, tel que voulu par le président de la République lors de sa prestation de serment pour un nouveau septennat le 6 novembre 2025 à Yaoundé. La création d’un Fonds spécial pour le soutien de l’autonomisation économique des femmes et la promotion de l’emploi jeune en est une traduction concrète.

Dans cette perspective, le gouvernement s’emploiera à concrétiser plusieurs engagements récemment pris par le chef de l’État, notamment : l’ouverture des écoles doctorales dans les universités, la relance des concours d’entrée dans les Écoles normales supérieures, la mise en œuvre du Plan spécial de promotion de l’emploi des jeunes, ainsi que la réalisation de travaux à haute intensité de main-d’œuvre.

Une attention particulière sera donc portée à l’épanouissement social, économique et professionnel des jeunes et des femmes, qui bénéficieront d’une responsabilisation accrue et d’une meilleure protection. Parallèlement, l’année 2026 sera marquée par l’accélération des projets structurants et des réformes destinées à renforcer l’efficience de l’État et à améliorer la performance globale des politiques publiques. Il est aussi question de maintenir le niveau d’endettement public sur une trajectoire viable et soutenable, conformément aux exigences du Pacte de convergence, de stabilité et de solidarité de la Cemac. Sur le plan des recettes, l’objectif est de poursuivre la mobilisation optimale des recettes internes non pétrolières, en préservant la soutenabilité de l’activité économique et la compétitivité des entreprises. En ce qui concerne les dépenses, il sera question de poursuivre la rationalisation engagée depuis plusieurs exercices, afin d’en garantir la sincérité, l’efficience et l’efficacité socioéconomique.

Chiffes-clés­

Concernant la structuration du budget général 2026, il y a lieu de relever que les recettes internes sont évaluées à 5 887,0 milliards, en hausse de 452,2 milliards (8,3%) par rapport à 2025. Elles se répartissent ainsi qu’il suit : recettes pétrolières + gaz (523,7 milliards) ; recettes fiscales et douanières (4 889,5 milliards) ; recettes non fiscales (400,0 milliards) et enfin, dons (73,8 milliards).­ Les dépenses budgétaires hors principal de la dette s’élèvent à 6 210,5 milliards en 2026. Elles connaissent une augmentation de 564,2 milliards (10,0%) par rapport à 2025. Elles sont ventilées par grandes masses comme suit : dépenses de personnel (1 625,4 milliards) ; biens et services (1 206,0 milliards) ; transferts et subventions (820,3 milliards) ; intérêts de la dette (532,5 milliards) ; dépenses d’investissement (2 026,3 milliards).

BIP en baisse et solde budgétaire en hausse

En 2026, le Budget d’investissement public (BIP) représente 35,7% des dépenses primaires contre 35,5% en 2025. Toutefois, par rapport au budget de l’État, la part du BIP baisse à 22,8% contre 24,2% en 2025. S’agissant des conditions de son équilibre, le budget 2026 présente un solde global déficitaire de 631,0 milliards contre 309,9 milliards en 2025, traduisant ainsi un accroissement du besoin de financement budgétaire de l’ordre de 327,1 milliards. Outre ce déficit, le gouvernement devra faire face aux autres charges de financement, à savoir : l’amortissement de la dette intérieure et extérieure évaluée à 1 870,6 milliards ; le remboursement des crédits TVA (taxe sur la valeur ajoutée) à hauteur de 84,0 milliards ; le paiement des arriérés intérieurs d’un montant de 498,8 milliards et enfin, les sorties nettes de trésorerie de l’ordre de 20,0 milliards. Tenant ainsi compte des charges qui viennent d’être rappelées, le besoin de financement de l’État au titre de l’exercice 2026 se chiffre globalement à 3 104,2 milliards de FCFA, contre 2 326,5 milliards en 2025, soit une hausse de 777,5 milliards.

C’est donc presque un tiers du budget qui sera financé à crédit et non par des recettes internes. Or, les emprunts devront être remboursés et fragilisent notre souveraineté parce que nous dépendons trop du financement extérieur. Sur les 3 104,2 milliards de FCFA, plus de 1000 milliards viennent de l’extérieur ; 120 milliards sont des appuis budgétaires et 167 milliards sont des financements exceptionnels.

Oumarou Mey

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