Budget 2020 : Minfi et Gicam évaluent les réformes sur la fiscalité

Alors que le principal groupe patronal camerounais pense que ses doléances sont dénaturées, le ministre des Finances (Minfi), Louis Paul Motaze, rassure plutôt.

Notre système fiscal est un système prédateur, confiscatoire pour bon nombre de secteurs notamment ceux à faible marge, peu protecteur des droits du contribuable, et en marge de toute logique économique… ». Ce constat sans ambages a été établi par le président du Groupement inter patronal du Cameroun (Gicam), Célestin Tawamba, le 27 sep­tembre 2019 à Douala, à l’oc­casion de la traditionnelle concertation pré-Loi de finances entre le Minfi et le patronat. Le Président du Gicam est d’ailleurs allé plus loin, en qualifiant de « réfor­mettes », le train de mesures pris par le gouvernement en réponse aux doléances for­mulées par le secteur privé concernant la fiscalité inté­rieure, la fiscalité de porte, ou encore globalement, l’amélio­ration du climat des affaires au Cameroun.

En réponse, Louis Paul Motaze qui reconnaît «le sen­timent très mitigé à l’exécution des engagements pris…», justi­fie en trois phases la non-exé­cution ou les modifications apportées dans certaines recommandations: d’abord, «le principe d’une mise en œuvre progressive, un différé pour certaines mesures suscep­tibles d’avoir une incidence sen­sible sur le programme écono­mique et financier conclu par le gouvernement avec ses partenaires internationaux (révision des taux acomptes et de minima d’impôt sur les sociétés, champ des droits d’accises et de la Tva)». Ensuite, explique le Minfi, « certaines mesures jugées pertinentes par le minis­tère des Finances, ont connu des orientations ou des interroga­tions ayant justifié leur modifi­cation ou leur mise en veille ». On note par ailleurs, la diffi­culté de mise en œuvre de certaines réformes (Attestation de non-redevan­ce, délivrance du sursis de paiement, conditions d’opé­rationnalisation du Contentieux fiscal). Enfin, d’après Louis Paul Motaze, « d’autres réformes nécessitent des travaux complémentaires et denses qui demandent un peu plus de temps, et ne pouvaient pas être exécutées à date, comme la révision des seuils d’imposi­tion à la TVA ou de la Loi d’avril 2013 sur les incitations ».

Au total, Louis Paul Motaze a énuméré 66 recom­mandations relatives à la fis­calité interne et de porte, jugées pertinentes par les administrations des finances. Recommandations dont la mise en œuvre par la direc­tion générale des Douanes affiche un taux de 80%, et 60% pour la direction généra­le des Impôts. Il s’agit entre autres de « l’assouplissement des conditions d’éligibilité au remboursement des crédits de TVA, la clarification des modali­tés de mise en œuvre du régime des zones économiquement sinistrées par deux décrets du Premier ministre, la dématériali­sation de la Déclaration statis­tique et fiscale des procédures de contrôle et contentieuses », concernant la fiscalité inté­rieure. Quant à la fiscalité de porte, le Minfi brandit «la mise en place de la procédure dite de décision anticipée, la prise en compte de l’intention frauduleuse dans les sanctions aux infractions douanières, des mesures fortes dans le cadre de la protection et la promotion de l’industrie locale ». Dans ce dernier cas, Louis Paul Motaze signe désormais semestriellement une déci­sion fixant les valeurs mini­males à l’importation de cer­tains biens. Ainsi que les matières premières fabri­quées localement sont totale­ment exclues des biens sus­ceptibles de bénéficier d’exo­nération de droits et taxes de douane à l’importation pour les personnes bénéficiant de régimes d’incitation.

Le secteur privé camerou­nais reconnaît le bien-fondé des actions bipartites menées au sein du Comité permanent de concertation sur les ques­tions fiscales et douanières, ainsi que dans le Comité d’appui à l’instruction des recours préalables. Conformément à l’article 32 du décret présidentiel n°281 du 31 mai 2019 fixant le calendrier budgétaire de l’Etat du Cameroun, les consultations des acteurs éco­nomiques sont désormais obligatoires. Avec date limite de concertation fixée au plus tard le 15 juillet de chaque année.

Georges SEMEY

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