BTP: Egis prépare son départ du Cameroun
D’après les révélations du journal en ligne « Challenges », le groupe veut se séparer de ses sept succursales sur le continent parce qu’elles seraient peu rentables.
Egis, groupe français spécialisé dans la construction de routes et d’infrastructures, prépare la vente de ses sept filiales africaines dont celle du Cameroun, selon les révélations du journal en ligne « Challenges ». Dans un article publié le 18 septembre, le média français écrit : « le gestionnaire d’actifs Tikehau, actionnaire de contrôle d’Egis depuis l’acquisition de 40 % du capital auprès de Caisse des dépôts et consignations début 2022, a décidé de vendre ses activités africaines les moins rentables. Sept filiales seraient à céder, Egis ne conservant, sur le continent, que son business au Maroc et quelques grands chantiers phares, tels que le mégaprojet minier de Simandou en Guinée ».
Ainsi, Egis compte davantage se concentrer sur l’Europe et le Moyen-Orient. Dans ce sens, le gestionnaire d’actifs du groupe français, Tikehau, aurait déjà levé un fonds de continuation d’1 milliard d’euro pour son développement sur le continent européen et le Moyen-Orient. Pour racheter les filiales africaines, apprend-on, Artelia, leader français de l’ingénierie indépendante, serait déjà entré en négociation.
Si Artelia parvient à conclure ce rachat, l’entreprise court le risque d’hériter de succursales en difficulté financière et judiciaire. En effet, au Cameroun par exemple, Egis va mal. L’entreprise a procédé, fin 2021, à la réduction de ses effectifs dans le pays. Plus tard, alors qu’il était le partenaire du gouvernement dans le cadre de la construction de 14 péages automatisés dans le pays, le 2 février 2024, l’État du Cameroun a pris la décision unilatérale de suspendre le partenariat public-privé (PPP) signé avec « Tollcam Partenariat », la coentreprise de droit camerounais créée par le groupement français (50% Fayat et 50% Egis) pour la mise en œuvre dudit projet. Pourtant les perspectives étaient juteuses. Car, après un investissement de 42 milliards de FCFA, Tollcam devait se faire payer, sur les 18 années d’exploitation prévues dans le contrat, des loyers annuels d’un montant total de 195 milliards de FCFA.
Difficultés financières et démêlées judiciaires
En conséquence, la suspension du contrat de partenariat au Cameroun a entraîné l’arrêt des paiements de loyer prévus par l’État à Tollcam, rendant impossible la rémunération des sous-traitants, dont Egis Road Operation Cameroun (ERO Cam). Face à cette situation, ERO Cam a procédé au licenciement de ses 200 employés. Pour expliquer son désistement, le gouvernement camerounais invoque « la complexité du projet et la difficulté à mobiliser les financements ». Ce revirement est intervenu alors qu’on attend, depuis septembre 2023, la mise en service des sept premiers postes de péage automatique déjà construits.
Hors du Cameroun, Egis est fait face à des ennuis judiciaires. En plus de l’affaire de corruption impliquant Egis Route et Pascaline Bongo, fille de l’ancien président du Gabon Omar Bongo, il existe également litige entre Egis et Cores, son ancien représentant commercial au Congo. La même affaire fait l’objet d’une procédure ouverte au Parquet national financier en France depuis mars 2023, pour des chefs de « corruption d’agent public étranger, de trafic d’influence d’agent public étranger, de faux et d’abus de confiance.
O.M.

