Bois: Les exportations chutent de près de 17 %

Selon les récentes données du ministère des Finances, au premier semestre 2025, les exportations des produits forestiers ont atteint 100,3 milliards de F CFA, soit une baisse d’environ 17 % par rapport à la même période en 2024.

Longtemps considérée comme un moteur de création de devises et d’emplois, cette chute marque un tournant inquiétant pour la filière, fragilisant sa contribution aux exportations nationales dans un contexte économique déjà tendu.

Plusieurs facteurs expliquent cette déconfiture. Sur le plan externe, la diminution de la demande internationale pour certaines essences tropicales, notamment le sapelli, l’iroko et le doussié, prisés pour la menuiserie et la construction s’est accentuée au cours de cette première moitié d’année. Les marchés traditionnellement porteurs en Asie et en Europe ont absorbé moins de volumes, pénalisant directement les revenus à l’exportation.

À cela s’ajoutent des contraintes logistiques internes et une hausse des coûts d’exploitation, qui ont réduit la compétitivité des producteurs. Les entreprises du secteur doivent faire face à une hausse des charges liées au transport, à l’énergie et à l’accès aux capitaux, accentuant les marges de pression sur une industrie déjà fragilisée.

Dans une tentative de favoriser la transformation locale du bois, les autorités camerounaises ont durci la fiscalité à l’exportation. Depuis plusieurs années, les droits de sortie sur les grumes non transformées ont été relevés de façon significative, passant de 17,5 % de la valeur FOB à 75 % dans le but d’inciter les acteurs à investir dans la transformation locale.

Cette politique, tout en visant à renforcer la valeur ajoutée locale, a toutefois renchéri le coût de mise sur le marché international des produits forestiers. Nombre d’exportateurs se retrouvent ainsi pris entre la nécessité de se conformer à des normes fiscales plus strictes et le défi d’être compétitifs face à des producteurs d’autres régions tropicales où la fiscalité est plus favorable.

La baisse des exportations impacte plusieurs segments de la filière. Les produits boisés transformés, comme le bois scié, ont vu leurs revenus diminuer, malgré une légère croissance de certains volumes exportés par rapport au volume total lors de périodes précédentes. Dans le même temps, la part des grumes dans la valeur totale des exportations a chuté, reflétant non seulement la fiscalité ciblée mais aussi la transformation accrue vers des produits à plus haute valeur ajoutée, même si ces derniers n’ont pas suffi à compenser la baisse globale de la filière.

Sur le plan macroéconomique, cette contraction sectorielle intervient dans un contexte où l’économie camerounaise cherche à diversifier ses sources de croissance. Le bois, historiquement positionné comme un pilier de l’économie nationale — contribuant au PIB, à l’emploi et à la balance commerciale — voit désormais son rôle s’amenuiser devant la concurrence accrue d’autres produits comme le cacao ou le pétrole dans les recettes d’exportation.

Les analystes économiques estiment que le renversement de cette tendance exige une stratégie sectorielle globale. Parmi les pistes évoquées figurent, l’amélioration du climat des affaires, en réduisant les coûts logistiques et en simplifiant les procédures d’exportation pour les entreprises du bois. Mais également pour ne citer que ces cas, le renforcement de la transformation locale, ce qui permettrait de capter plus de valeur ajoutée au Cameroun plutôt qu’à l’étranger.

 

Par Julien Efila

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Enregistrez vous à notre newsletter

[mc4wp_form id="69"]