Blocage des téléphones non dédouanés: Entre inquiétudes et adaptation face à la nouvelle régulation
Dans les points de vente de téléphones le sujet alimente désormais les conversations avec au centre du débat : le blocage de plus de 700 000 appareils concernés par le processus engagé par les autorités.
Pour de nombreux usagers, le téléphone mobile est devenu bien plus qu’un simple outil de communication. Il sert à effectuer des paiements via Mobile Money, suivre des cours, gérer une activité commerciale, travailler ou encore accéder aux services administratifs et bancaires. Toute mesure touchant à son fonctionnement prend donc immédiatement une dimension sociale. À Douala, capitale économique, plusieurs consommateurs rencontrés dans les espaces marchands disent suivre la situation avec prudence. Certains redoutent l’impact de la mesure sur leurs appareils, tandis que d’autres cherchent déjà à comprendre les mécanismes de régularisation envisagés. « Je prends au sérieux cette mesure prise par l’Etat, car mon téléphone c’est mon travail, c’est ma vie », affirme un commerçant.
Dans les boutiques spécialisées, la question est devenue récurrente. Les vendeurs font face à une clientèle plus attentive à l’origine des téléphones et aux justificatifs d’achat. Une évolution qui modifie progressivement les habitudes du marché. Pendant plusieurs années, une partie importante des appareils circulant au Cameroun a transité par des circuits parallèles ou informels. Ce phénomène, alimenté par la forte demande et la recherche de prix plus accessibles, a favorisé le développement d’un marché dynamique mais difficile à encadrer. Pour les autorités, la nouvelle démarche vise plusieurs objectifs : améliorer la traçabilité des appareils, renforcer les recettes douanières et lutter contre la fraude. Le gouvernement souhaite également encourager une meilleure structuration du secteur.
Mais sur le terrain, les effets se font déjà ressentir. Certains commerçants évoquent une baisse temporaire des ventes liée à l’attentisme des consommateurs. « Depuis l’annonce de cette mesure, les clients sont devenus de plus en plus regardant. Les ventes ont baissé en un clic », explique ce commerçant. D’autres observent au contraire un intérêt croissant pour les appareils disposant d’une documentation complète. Dans les marchés, plusieurs acheteurs reconnaissent que le prix reste souvent le premier critère de choix. Entre un appareil moins coûteux vendu sans formalités précises et un autre plus cher mais conforme, la décision n’est pas toujours évidente pour des ménages confrontés à la pression du coût de la vie. « Les téléphones qui sont dédouanés seront désormais plus chères et je n’ai sais si je pourrais m’en procurer un ».
Au-delà des consommateurs, la mesure pourrait également accélérer la transformation du commerce de téléphones au Cameroun. Les revendeurs informels pourraient être amenés à revoir leurs pratiques, tandis que les distributeurs structurés pourraient bénéficier d’un regain de confiance. Les spécialistes du numérique estiment d’ailleurs que cette régulation pourrait contribuer à assainir progressivement le marché, à condition qu’elle s’accompagne d’une sensibilisation suffisante et de mécanismes de régularisation accessibles. Car pour de nombreux utilisateurs, l’enjeu dépasse la simple conformité douanière.
À mesure que le Cameroun accélère sa transition numérique, la question de la régulation des équipements technologiques devient ainsi un enjeu à la fois économique et social. Dans les rues de Douala, les étals de téléphones continuent d’attirer les clients. Mais une nouvelle réalité semble désormais s’imposer : acheter un smartphone ne se résume plus seulement au modèle, au prix ou à la mémoire de stockage. L’origine et la conformité pourraient progressivement devenir des critères déterminants d’un marché en pleine mutation.
Par Diane Kenfack

