Barrage de Nachtigal: 420 MW disponible

Cette capacité installée depuis le 18 mars 2025 est censée soulager durablement un système électrique longtemps marqué par les délestages.

Il aura fallu des années de travaux, des milliards d’investissements et une attente fébrile du secteur industriel pour y parvenir. Depuis le 18 mars 2025, le barrage hydroélectrique de Nachtigal affiche une capacité disponible de 420 MW, faisant de lui la plus puissante infrastructure de production d’électricité du pays.

Construit sur le fleuve Sanaga, à une cinquantaine de kilomètres au nord-est de Yaoundé, Nachtigal représente à lui seul près de 30 % de la capacité de production électrique nationale. Avec ses 7 groupes de 60 MW chacun, le barrage est conçu pour produire jusqu’à 420 MW à pleine capacité, soit environ 3 TWh par an. Un apport censé soulager durablement un système électrique longtemps marqué par les délestages, les surcoûts thermiques et l’insuffisance de l’offre face à une demande en constante progression.

À terme, l’objectif est clair : réduire la dépendance aux centrales thermiques, dont le coût de production dépasse souvent 100 FCFA le kilowattheure, contre une énergie hydraulique nettement plus compétitive sur le long terme. Nachtigal doit ainsi permettre de stabiliser les tarifs, d’améliorer la qualité de service et de soutenir l’industrialisation du pays. Les secteurs de l’aluminium, du ciment, de l’agro-industrie ou encore des mines figurent parmi les principaux bénéficiaires attendus.

Sur le plan macroéconomique, les chiffres parlent d’eux-mêmes. Avec une demande nationale estimée à plus de 1 500 MW à l’horizon 2030, l’entrée en service de Nachtigal constitue une avancée stratégique. Elle complète le dispositif hydroélectrique existant, notamment Lom Pangar, Memve’ele et Song Loulou, et renforce la sécurité énergétique du pays.

Mais si les mégawatts sont désormais disponibles, leur intégration complète dans le réseau national reste progressive. En clair, toute la puissance installée n’est pas encore pleinement mobilisable. Des contraintes techniques subsistent, notamment liées à l’absorption de l’énergie par le réseau de transport, à la montée en charge graduelle des équipements et à l’adaptation des infrastructures en aval. Résultat : le pays paie déjà pour une capacité qui n’est pas encore exploitée à 100 %.

Selon des accords conclus par l’Etat et la Nachtigal Hydro Power (NHPC), la mise à disposition du barrage entraîne une charge financière mensuelle estimée à près de 10 milliards de FCFA que l’État doit payer à l’entreprise que cette énergie soit consommée ou pas. Un mécanisme classique dans les grands projets structurants, mais qui interpelle dans un contexte de tensions budgétaires.

Mais, si les autorités se veulent rassurantes. La montée en puissance complète de Nachtigal est prévue de manière progressive, au rythme des ajustements techniques et de l’extension des capacités de transport et de distribution. À moyen terme, l’énergie produite devrait être intégralement injectée dans le réseau, maximisant ainsi les bénéfices économiques du barrage.

Nachtigal symbolise donc à la fois une promesse et un défi. Promesse d’une électricité plus abondante et plus stable, indispensable au développement. Défi financier et technique, dans une phase transitoire où le Cameroun apprend à gérer l’après-chantier. La puissance est désormais là ; reste à s’assurer qu’elle éclaire pleinement le pays, sans alourdir durablement la facture.

Par Julien Efila

 

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