BAD-Davos: L’alliance pour doper l’investissement privé

Confronté à un manque à gagner de plusieurs dizaines de milliards de dollars par an pour ses infrastructures, le continent africain s’associe aux réseaux de Davos afin de lever les blocages psychologiques des financiers internationaux et capter les capitaux mondiaux.

C’est le paradoxe le plus frustrant de l’économie mondiale contemporaine. D’un côté, l’Afrique affiche la plus forte croissance démographique de la planète, un vivier entrepreneurial bouillonnant et des besoins gigantesques en infrastructures qui en font un eldorado théorique pour les investisseurs. De l’autre, les flux de capitaux privés qui y atterrissent restent désespérément marginaux.

Pour briser ce plafond de verre, la Banque africaine de développement (BAD) et le Forum économique mondial de Davos viennent de sceller une alliance stratégique d’envergure. Cette initiative conjointe ambitionne de reconnecter la finance privée globale avec les chantiers prioritaires du continent, à savoir l’énergie, les réseaux numériques, les transports et les usines de transformation locale.

La perception du risque, ce surcoût invisible

Sur le terrain, le constat des experts est sans appel : l’argent ne manque pas à l’échelle internationale, mais il a peur. Malgré les réformes macroéconomiques engagées par de nombreux États africains pour assainir leur climat des affaires, la perception du risque sur le continent reste largement surévaluée par les places financières de New York, Londres ou Tokyo.

Cette méfiance généralisée a des conséquences directes et douloureuses pour les économies locales. Elle renchérit artificiellement les taux d’intérêt des emprunts, complique l’accès aux marchés internationaux et décourage les grands investisseurs institutionnels. Au final, l’Afrique subit une double peine : elle est privée des infrastructures de base (routes, électricité, eau potable) que les budgets publics étouffés ne peuvent plus financer seuls, alors qu’elle concentre près de 20 % de la population mondiale.

Pour inverser la tendance, la stratégie de la BAD et de Davos ne repose pas sur la charité, mais sur l’ingénierie financière. Les deux partenaires déploient des mécanismes de mutualisation des risques, notamment des garanties de crédit publiques-privées et de l’assistance technique, conçus pour rassurer les compagnies d’assurance et les fonds de pension occidentaux et asiatiques.

Le levier de la Zlecaf

Le continent dispose pourtant d’arguments massifs pour convaincre les plus sceptiques. La mise en œuvre progressive de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) est en train de donner naissance au plus grand marché unifié au monde. Cette dynamique, couplée à l’essor technologique et à l’avance du continent dans le domaine des énergies renouvelables, offre des rendements potentiels bien supérieurs à ceux des marchés saturés des pays développés.

Pour les promoteurs de cette alliance de haut vol, l’enjeu consiste à transformer ces opportunités en un portefeuille de projets standardisés, transparents et immédiatement finançables. Si cette greffe entre la haute finance de Davos et les projets de développement de la BAD réussit, l’Afrique cessera enfin d’être perçue par les marchés comme une terre de risques à éviter, pour s’imposer comme la véritable locomotive de la croissance mondiale de demain.

Par Diane Kenfack

 

 

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