Autonomie énergétique: Le Cameroun veut transformer localement son brut

La construction d’une raffinerie intégrée et d’un dépôt de produits pétroliers à Kribi, a été lancé ce 17 juillet 2025. Une nouvelle raffinerie de pétrole et un dépôt de produits pétroliers vont être construits à Kribi, dans la région du Sud du Cameroun.

Le projet, officiellement lancé le 17 juillet 2025 lors d’une cérémonie de pose de la première pierre, est porté par deux sociétés de droit camerounais : CSTAR Refinery Project Management LLC et CSTAR Tank Farm Project Management LLC.

Située à proximité du port en eau profonde de Kribi, la future raffinerie aura une capacité de traitement de 30 000 barils de brut par jour, apprend-on. Elle devrait produire du diesel, de l’essence, de l’asphalte, du fuel à très faible teneur en soufre (Vlsfo), du gasoil marin (MGO) ainsi que du gaz de pétrole liquéfié (LPG). En parallèle, un dépôt stratégique d’une capacité de plus de 400 000 tonnes métriques permettra de stocker plusieurs types de carburants, dont le kérosène, le super et le Jet A1 destiné à l’aviation.

Selon les porteurs du projet, cette infrastructure vise à répondre à plusieurs défis : réduire les importations de produits raffinés, renforcer la sécurité énergétique nationale, et valoriser localement les ressources pétrolières. « Le Cameroun, bien qu’ayant du pétrole brut, reste dépendant des importations pour la majorité de ses carburants, notamment depuis les difficultés rencontrées par la raffinerie de la Sonara à Limbé, partiellement détruite par un incendie en 2019 ».

D’après les explications d’un des responsables du projet, le financement de celui-ci repose sur un montage de type « Project Finance », une formule où le remboursement se fait sur les revenus futurs générés par l’infrastructure, sans engager directement le budget de l’État. « La construction sera assurée par un consortium d’entreprises réunies au sein de RCG ». Sur le plan social, les promoteurs annoncent la création de 2000 emplois directs et 5000 emplois indirects. Toutefois, aucune précision n’a été donnée pour l’instant sur les modalités de recrutement ni sur l’impact environnemental du projet.

Cependant, les travaux devraient s’étendre sur un site de 250 hectares, même si les détails sur les études d’impact, la consultation des populations locales ou la gestion des risques industriels restent à préciser. Toutefois, le projet s’inscrit dans le cadre de la Stratégie Nationale de Développement 2020-2030 (SND30), qui ambitionne notamment de renforcer la souveraineté énergétique du pays et d’accélérer l’industrialisation. Il intervient dans un contexte où plusieurs pays d’Afrique centrale cherchent à valoriser localement leurs ressources naturelles, face à la volatilité des marchés mondiaux et aux enjeux de transition énergétique.

Lors de la cérémonie de lancement, plusieurs responsables institutionnels et partenaires financiers étaient présents, parmi lesquels des représentants de la Société Nationale des Hydrocarbures (SNH), de la banque BGFI, de la société Tradex, ainsi que des autorités locales. Occasion pour la présidente de Cstar, Nathalie Moudiki, d’insister sur le respect des normes techniques et environnementales, sans toutefois donner de calendrier précis pour la livraison des installations.

Si les ambitions du projet sont claires, plusieurs observateurs restent prudents quant à sa réalisation. La complexité des montages financiers, les délais de construction et les enjeux liés à la transparence pourraient peser sur la concrétisation du chantier. En attendant, Kribi continue d’attirer les grands projets industriels, confirmant son rôle croissant dans la stratégie énergétique et portuaire du Cameroun.

Hélène Tientcheu

 

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