Assassinat de Martinez Zogo: 44 témoins contre 17 accusés présumés assassins

Le Tribunal militaire de Yaoundé a enclenché ce lundi 01 septembre 2025, la phase décisive du procès sur cette macabre disparition, avec la comparution des deux premières personnes ayant eu le privilège de faire la découverte du corps du journaliste. Une entrée dans le vif des débats, au terme de plus de 18 mois de déshérence procédurale.   

Les débats sont enfin entrés dans le vif du sujet devant le Tribunal militaire de Yaoundé (TMY), siégeant en matière criminelle dans le cadre de l’affaire de l’assassinat de Martinez Zogo. Plus de deux ans après cette disparition et plus de 18 mois après l’ouverture du procès, 44 témoins de l’accusation viennent d’être appelés devant la barre du TMY. A la clé, l’audition ce lundi 01 septembre 2025 de deux premiers de ces témoins. Un riverain du village Ebogo III par Soa et le chef dudit village, en l’occurrence. « Nous allons pouvoir enfin poser les vraies questions : qui a assassiné Martinez Zogo ? qui a commandité cet assassinat et pourquoi ? », a réagi Me Calvin Job, conseil de la famille de la victime.

Même sentiment de satisfaction exprimé par Me Charles Tchoungang, le conseil de Jean Pierre Amougou Belinga, qui affirme que son client aborde cette phase décisive du procès « avec sérénité », y voyant potentiellement « le début de sa libération ». Tout le contraire des conseils de l’Etat du Cameroun, à l’instar de Me Claude Assira, défendeur des intérêts de la DGRE, qui aura sollicité, en vain, un huis clos partiel des débats, arguant de l’impératif de préservation d’éventuels secrets d’Etat à l’occasion des témoignages jugée sensibles.

Requête aussitôt rejetée par le Tribunal qui aura privilégié la transparence des débats publics. Pour rentrer dans le vif du sujet, les débats qui se sont focalisés sur l’interrogatoire de seulement deux témoins sur la quarantaine du ministère public citée, ont accaparé le public entre 11 heures et 21 heures, soit plus de 10 heures d’échanges entre Commissaire du gouvernement d’une part, les avocats et les autres parties au procès d’autre part.

Macabre découverte 

Premier témoin devant la barre du Tribunal Militaire de Yaoundé (TMY), un riverain du village Ebogo III qui avait fait la macabre découverte au petit matin du 21 janvier 2023. Il sera canardé de questions pendant plus de trois heures d’une audition où il a raconté par le menu les circonstances de cette découverte, tenant en haleine un public qui avait tôt fait de faire le plein de la salle d’audience du TMY.

Il raconte : « je faisais le jogging le long de la route en cette matinée du 21 janvier lorsque j’ai été pris d’un besoin pressant. En m’éloignant dans un bosquet, je suis tombé par hasard sur une ancienne carrière de latérite, où j’ai découvert un corps en état de décomposition avancée ». Il déclare avoir aussitôt donné l’alerte, avertissant les populations riveraines, lesquelles ont ensuite informé la gendarmerie par l’intermédiaire du chef du village Ebogo III, localité où le corps a été retrouvé.

S’en suivra alors le tour du second témoin qui sera appelé devant la barre. En l’occurrence, le chef de village Ebogo qui s’était aussitôt rendu sur les lieux de la découverte macabre une fois informé. Il livrera au tribunal un témoignage édifiant sur les circonstances dans lesquelles il avait appris la nouvelle et les mesures prises, notamment l’alerte donnée à la gendarmerie de la localité.  Me Calvin Job fait valoir que « les questions qui ont été posées et les réponses données nous conviennent, et permettent de mieux comprendre les circonstances de la découverte du corps de Martinez Zogo. Cependant, on a eu l’impression qu’il y avait toujours une volonté de remettre en question l’identité du corps retrouvé ce jour-là, ainsi que la manière dont il avait été déposé à cet endroit ». Les auditions en session qui ont repris le lendemain 02 septembre, vont se poursuivre quotidiennement.

En rappel, c’est le 17 janvier 2023 que tout s’enclenche. Arsène Salomon Mbani Zogo dit « Martinez Zogo », l’animateur d’Amplitude FM est enlevé alors qu’il regagnait son domicile à bord de son véhicule. Son corps gravement mutilé présentant des traces de torture et en état de putréfaction avancé est découvert à Ebogo III par Soa, le 21 janvier 2023. L’enquête mixte police-gendarmerie qui est ouverte débouche sur l’interpellation de plusieurs suspects dont Jean Pierre Amougou Belinga, Léopold Maxime Eko Eko, Dg de la DGRE et Justin Danwe, son chef des opérations.

Evariste Menounga

 

Au terme de plusieurs mois d’une information judiciaire émaillée d’embûches et de péripéties aussi inédites, renversantes que rocambolesques, le juge d’instruction près du tribunal militaire de Yaoundé, le colonel-magistrat Pirrot Narcisse Nzie (le 2e juge désigné dans le cadre de ce dossier, après l’éviction de Sikati Kwamo), avait rendu, le 29 février 2024, son Ordonnance de clôture de l’information judiciaire et de renvoi des 17 accusés  devant la barre du Tribunal militaire de Yaoundé pour jugement au fond.

Les 17 accusés et leurs chefs d’inculpation

Noms Identité Chefs d’accusations
1-Leopold Maxime Eko   Eko Fonctionnaire de police (directeur général de la Recherche extérieure au moment des faits) Complicité de torture
2-Jean Pierre Amougou Belinga Journaliste, patron du groupe Anecdote Complicité de torture
3 – Justin Danwe Officier supérieur de gendarmerie (chef des opérations à la direction générale de la Recherche extérieure) Complicité d’assassinat,  complicité d’arrestation et de séquestration, complicité de torture et violation de consigne
4- Martin Savom Maire de la commune de Bibey dans la Haute Sanaga Complicité d’assassinat et complicité de torture
5- Bruno François Bidjang Oba’a Bikoro Journaliste, directeur général de Vision 4 Conspiration de torture et d’arrestation, et séquestration
6- Ebo’o Clément Sous-officier supérieur de l’armée de terre Violation de consigne, coaction d’arrestation et séquestration, coaction de torture
7- Vincent Godjie Oumarou Maréchal de logis en service à la Direction générale de la Recherche extérieure Violation de consigne, coaction d’arrestation et séquestration, coaction de torture
8 – Sylvain Bakaiwa Militaire Violation de consigne, coaction d’arrestation et séquestration, coaction de torture
9 – Lenoir Dawa Militaire Violation de consigne, coaction d’arrestation et séquestration, coaction de torture
10- Etienne Jacques Angwele Ngwelle Opérateur économique Complicité de torture
11- Yves Saiwang Fonctionnaire de police en service à la Direction générale de la Recherche extérieure Complicité de torture
12 –Guy Serges Meudji Fonctionnaire de police en service à la Direction générale de la Recherche extérieure Complicité de torture
13- Daouda, né le 5 juillet 1995    à     Sorawel Militaire Complicité d’arrestation et séquestration, complicité de torture, assassinat et violation de consignes
14- Johnson Lamfu Militaire en service à la Direction générale de la Recherche extérieure Complicité d’arrestation et séquestration, complicité de torture, assassinat et violation de consignes
15- Stéphane Tongue Nana Sous-officier de gendarmerie Complicité d’arrestation et séquestration, complicité de torture, assassinat et violation de consignes
16 – Martial Théodore Nzockmenoing Soldat de première classe Violation de consigne, coaction d’arrestation et séquestration, complicité de torture
17- Albert Bidzogo Mbede  alias « Arthur Essomba » Responsable VIP escorte  et protection garde du corps Complicité de torture, usurpation de titre et usurpation de fonctions

Source : Tribunal militaire de Yaoundé    

 

 

 

 

 

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