Agroécologie: Le Cameroun à l’avant-garde de la transition agricole durable

Réunis à Yaoundé lors d’un atelier de haut niveau, chercheurs, décideurs publics et partenaires au développement ont dessiné les contours d’une agriculture plus résiliente, capable de concilier productivité, préservation des ressources naturelles et bien-être des populations.

L’agriculture camerounaise se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins. Longtemps fondée sur des méthodes intensives visant à accroître rapidement les rendements, elle est désormais confrontée aux limites d’un modèle qui exerce une pression croissante sur les sols, les ressources en eau et les écosystèmes. Dans un contexte marqué par les effets du changement climatique et la hausse des besoins alimentaires, la recherche de solutions durables devient une priorité nationale.  C’est dans cette perspective qu’un atelier consacré à l’agroécologie s’est tenu récemment à Yaoundé. Organisée avec l’appui de partenaires internationaux et d’institutions de recherche, cette rencontre a réuni experts, universitaires, responsables administratifs, producteurs et acteurs du développement rural autour d’un objectif commun : accélérer la transition vers des systèmes agricoles plus durables.

Au cœur des échanges, un constat partagé. Le modèle agricole intensif, basé sur l’utilisation massive d’intrants chimiques et sur une exploitation parfois excessive des terres, montre aujourd’hui ses limites. La baisse de fertilité des sols dans plusieurs bassins de production, la perte de biodiversité et la vulnérabilité accrue des exploitations face aux aléas climatiques imposent de repenser les pratiques agricoles. L’agroécologie apparaît alors comme une réponse adaptée aux réalités du pays. Cette approche repose sur l’utilisation raisonnée des ressources naturelles, la diversification des cultures, la valorisation des savoirs locaux et le renforcement des interactions entre agriculture et environnement. L’objectif est de produire davantage tout en réduisant les impacts négatifs sur les écosystèmes.

Pour les chercheurs présents à Yaoundé, l’enjeu ne se limite pas à la protection de l’environnement. Il s’agit également d’améliorer les revenus des agriculteurs, de renforcer la sécurité alimentaire et de créer des opportunités économiques pour les jeunes. En favorisant des systèmes de production moins dépendants des intrants importés, l’agroécologie pourrait contribuer à réduire les coûts de production tout en renforçant l’autonomie des exploitations familiales.

Les participants ont particulièrement insisté sur le rôle de la recherche scientifique. Plusieurs innovations développées dans les laboratoires et les centres spécialisés offrent déjà des pistes prometteuses. Semences adaptées aux conditions climatiques locales, techniques de gestion durable des sols, biofertilisants ou encore solutions naturelles de lutte contre les ravageurs figurent parmi les outils susceptibles d’accompagner cette mutation du secteur agricole.

La question de la formation a également occupé une place importante dans les débats. Les experts estiment que la réussite de cette transition passe par un meilleur accompagnement des producteurs. Le renforcement des capacités, la vulgarisation des bonnes pratiques et la diffusion des innovations sont considérés comme des leviers essentiels pour favoriser l’adoption de l’agroécologie à grande échelle. Au-delà des exploitants agricoles, les décideurs publics sont appelés à jouer un rôle déterminant. Les participants ont plaidé pour des politiques publiques plus favorables aux pratiques durables, notamment à travers des mécanismes d’incitation, des programmes de financement adaptés et un meilleur soutien à la recherche.

Les conclusions de l’atelier de Yaoundé traduisent une ambition claire : faire du Cameroun un laboratoire de l’agriculture durable en Afrique centrale. Si les défis restent nombreux, les acteurs réunis dans la capitale affichent leur conviction qu’une autre agriculture est possible, plus respectueuse de l’environnement, plus inclusive et mieux préparée aux défis du XXIe siècle.

Diane Kenfack

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