Accords de transit entre le Tchad et la Guinée équatoriale : Malabo passe à la vitesse supérieure

Les autorités de ce pays viennent d’attribuer un espace de 30 hectares dédié à la manutention des marchandises au sein de la place portuaire de Bata, à la République du Tchad.

Faisant suite à l’accord de transport maritime et terrestre signé le 13 décembre 2024 à Malabo dans l’optique de contourner les tracasseries sur le corridor Douala-Ndjamena-Bangui, les autorités équatoguinéennes viennent d’attribuer un espace de 30 hectares au port de Bata à la République du Tchad. Destinée aux opérations de manutention des marchandises tchadiennes, l’octroi de cet espace est un véritable coup dur pour l’économie camerounaise.

En effet, si l’information est passée presque inaperçue à Yaoundé, elle a pourtant tout d’un séisme économique pour le Cameroun. Car avec cette autre étape, le Cameroun perd définitivement un client historique. Mais surtout, le pays voit glisser entre ses doigts pas moins de 340 milliards de FCFA par an, conséquence directe d’une gouvernance minée par le laxisme, l’absence de vision stratégique et surtout par une corruption systémique.Ce revers aurait pourtant pu être évité. Depuis plus d’une décennie, les alertes se sont multipliées. Syndicats de transporteurs, partenaires techniques et investisseurs ont dénoncé la lourdeur administrative, le piteux état des infrastructures routières, les tracasseries policières et la faible volonté politique de sécuriser le corridor Douala-Ndjamena.

Il est donc clair qu’au lieu de capitaliser sur sa position géographique stratégique en devenant un hub logistique incontournable pour l’Afrique centrale, le Cameroun a laissé s’installer une bureaucratie inefficace, dotée d’un manque de vision stratégique. Conséquence : le Tchad, principal utilisateur du port de Douala, s’est lassé face à l’inefficacité camerounaise.

En s’alliant à Malabo, N’Djamena ne cherche pas seulement à diversifier ses voies d’accès aux marchés internationaux, mais aussi à fuir un modèle de gouvernance en déliquescence.

Rappelons que ce n’est pas une première pour le Cameroun, qui a déjà subi des pertes similaires dans le passé, notamment avec l’accord entre le Niger et le Bénin. En effet, le Niger a lancé, le 17 septembre 2019, les travaux de construction d’un pipeline de 2000 km reliant ses champs pétroliers d’Agadem au port de Seme, au Bénin. Cette infrastructure, estimée à 5 milliards de dollars (près de 3000 milliards de FCFA), réalisée par la China National Petroleum Corporation (CNPC) sur une période de deux ans, a été préférée à celle de 600 km préalablement prévue pour rallier les champs pétroliers d’Agadem à l’oléoduc Tchad-Cameroun, qui aurait permis l’exportation du brut nigérien à partir du port en eau profonde de Kribi.

Julien Efila

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