Abus sur mineurs: Le Barreau du Cameroun exige la tolérance zéro
Secoué par la multiplication des agressions sexuelles visant les enfants, le Barreau du Cameroun brise le silence et appelle à une mobilisation générale pour traquer les prédateurs, tout en promettant une assistance judiciaire systématique aux familles des victimes.
L’émotion nationale a fait place à l’action institutionnelle. Face à la multiplication effroyable des affaires de viols sur mineurs qui secouent l’opinion publique camerounaise ces derniers mois, de Douala à Yaoundé, le Barreau du Cameroun a choisi de sortir de sa réserve historique. Dans un communiqué officiel sans concession, l’institution exprime sa profonde préoccupation devant la recrudescence de ces crimes odieux. Pour les avocats camerounais, ces agressions ne sont pas de simples faits divers ou de basiques infractions pénales, mais de véritables attaques contre la dignité humaine et l’avenir de la nation.
Cette prise de parole forte intervient alors que le corps social dénonce un climat d’impunité insoutenable. Trop souvent, la peur des représailles, la honte, le silence des victimes et le poids des pressions sociales étouffent les affaires. Pire encore, la persistance des arrangements financiers à l’amiable entre familles, au détriment des poursuites judiciaires, protège les bourreaux. Pour le Barreau, il est temps de saboter cette culture de l’omertà. L’institution exige que chaque alerte déclenche une enquête policière approfondie et que les coupables écopent des peines les plus lourdes prévues par la loi.
Le bouclier judiciaire pour les familles démunies
Refusant de se cantonner aux indignations de principe, l’Ordre des avocats passe à l’offensive concrète. Le Barreau s’engage à déployer un accompagnement juridique et judiciaire sur le terrain pour guider les familles des victimes, souvent désorientées et sans ressources, à travers le dédale des procédures tribunales. Cet appui technique crucial vise à garantir que les dossiers ne soient ni classés sans suite, ni sabotés par des vices de forme.
Cependant, les spécialistes de l’enfance rappellent que la réponse judiciaire ne guérit pas le traumatisme. Les violences sexuelles brisent durablement le développement psychologique, scolaire et social des enfants. L’accompagnement des survivants doit donc impérativement coupler l’action des avocats à des prises en charge médicales et psychologiques d’urgence.
En ramenant ce dossier brûlant sur la place publique, le Barreau rappelle que dans un pays où plus de la moitié de la population est mineure, la sécurité des enfants est le premier des contrats sociaux. L’institution invite désormais les parents, les enseignants, les chefs religieux et les autorités administratives à une vigilance absolue et à la dénonciation systématique de tout comportement suspect. Pour les avocats du Cameroun, la protection des plus vulnérables ne doit plus souffrir d’aucune complaisance, et la justice doit se montrer intraitable face à des crimes qui mutilent l’enfance.
Par Diane Kenfack

