A qui profite les crimes?

Le communiqué du ministère des Mines annonçant l’identification de près de 200 entreprises opérant illégalement dans l’exploitation artisanale ou semi-mécanisée de l’or au Cameroun a provoqué un véritable choc dans l’opinion publique. Mais au-delà de l’effet d’annonce, cette affaire met surtout en lumière une réalité beaucoup plus grave : l’existence probable d’un vaste système de complicités ayant permis pendant des années le pillage silencieux des ressources minières du pays.
Selon les autorités, plus de 95 % des sociétés concernées seraient d’origine étrangère et principalement installées dans les régions de l’Est et de l’Adamaoua. Le ministre des Mines par intérim, Fuh Calistus Gentry, a ordonné l’arrêt immédiat des activités de ces opérateurs et le démantèlement de leurs unités de traitement, sous peine d’intervention forcée de l’administration avec l’appui des forces de l’ordre.
Cette décision intervient dans un contexte particulièrement troublant.
En 2023, le Cameroun n’a officiellement exporté que 22,3 kilogrammes d’or selon les statistiques nationales. Pourtant, dans le même temps, les Émirats arabes unis ont enregistré plus de 15 tonnes d’or comme provenant du Cameroun. Cet écart gigantesque révèle l’ampleur des circuits parallèles et du trafic organisé autour de l’or camerounais. Mais une question essentielle se pose : comment des centaines d’entreprises étrangères ont-elles pu s’installer, exploiter des sites miniers, utiliser des engins lourds, construire des unités de traitement et exporter des quantités importantes d’or sans être inquiétées pendant des années ?
Personne ne peut sérieusement croire qu’un tel système ait fonctionné sans complicités internes. Car derrière chaque activité illégale de cette ampleur, il existe forcément des protections administratives, des silences intéressés ou des réseaux d’influence.
L’exploitation minière n’est pas une activité discrète. Elle implique des déplacements de machines, des occupations de terrains, des transports de minerais, des mouvements financiers et des exportations transfrontalières. À chaque étape interviennent des administrations publiques, des autorités locales, des services de sécurité, des douanes et des responsables techniques. Si autant d’or a pu quitter le territoire sans contrôle efficace, cela signifie clairement que les complicités sont nombreuses et profondes.
Le problème dépasse donc largement la simple question des “entreprises illégales”. Ce scandale met en cause la gouvernance même du secteur minier camerounais. Il interroge la capacité de l’État à protéger ses ressources stratégiques et à faire respecter ses propres lois.
Le plus inquiétant reste le fait que le Cameroun continue paradoxalement de faire face à d’importantes difficultés économiques alors que son sous-sol regorge de richesses naturelles considérables. Le pays possède de l’or, du pétrole, du gaz, du bois, du fer, de la bauxite et bien d’autres ressources capables de soutenir son développement. Pourtant, les populations continuent de vivre dans la précarité pendant qu’une minorité profite des failles du système.
Le véritable drame du Cameroun n’est donc pas l’absence de ressources, mais la corruption, l’impunité et la mauvaise gouvernance qui entourent leur gestion.
Cette affaire de l’or illégal illustre une nouvelle fois le paradoxe camerounais : un pays potentiellement riche, mais affaibli par des réseaux qui organisent ou facilitent la fuite de ses richesses au détriment de l’intérêt général.
Aujourd’hui, l’opinion attend plus que des communiqués et des effets d’annonce. Les Camerounais veulent connaître les responsabilités réelles dans ce dossier. Qui a protégé ces entreprises ? Qui a fermé les yeux ? Qui a bénéficié de ce trafic ? Et surtout, quelles sanctions seront prises contre les éventuels complices au sein même de l’administration ?
Car sans une véritable volonté politique de combattre la corruption et les réseaux d’influence qui gangrènent les institutions, le Cameroun continuera malheureusement à perdre ses richesses pendant que le développement du pays restera un éternel mirage.
Bertrand Eba 

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